• Cognac

     

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    Le comte Charles avait à peu près les mêmes goûts que son père. Il aimait beaucoup les lettres et il enrichit la bibliothèque du château de manuscrits précieux. Il s'occupait activement de l'administration de son comté, auquel il ajouta, par acquisition, les seigneuries du Solençon et de Tourteron. Pendant ce temps, sa jeune épouse, entourée de l'élite de la noblesse et des meilleurs écrivains, menait au château de Cognac une vie de plaisirs et de luxe.Le comte Charles mourut à Châteauneuf, d'une maladie de langueur, le 1er janvier 1496, laissant deux enfants: Marguerite d'Angoulême, née au château d'Angoulême le 11 avril 1492, et François, le futur roi de France, né à Cognac le 12 septembre 1494.

    Après la mort du comte Charles, le duc d'Orléans, craignant que les goûts luxueux de la jeune veuve ne lui permissent pas d'administrer, avec tout le soin voulu, le bien de ses enfants, réclama, en qualité de chef de la famille, la tutelle de ces derniers. Le parlement repoussa cette prétention ; mais il reconnut au duc le titre de tuteur honoraire et imposa à Louise de Savoie l'obligation d'obtenir son consentement, lorsqu'il s'agirait d'un acte important.Cependant, la comtesse d'Angoulême ne négligea point les intérêts de ses enfants, et son amour du luxe ne l'empêcha pas de surveiller, avec le plus grand soin, l'administration de ses domaines.

     Le séjour des Valois au château de Cognac attirait dans cette ville, non seulement les nobles seigneurs et les artistes qui fréquentaient la petite cour de Louise de Savoie, mais aussi de nombreux étrangers. Le commerce de la ville s'en ressentait et devenait de plus en plus actif ; aussi la ville de Cognac prenait-elle une importance de plus en plus grande.Les bourgeois crurent alors le moment favorable pour recouvrer leurs anciennes franchises communales et portèrent leurs doléances aux pieds de Louise de Savoie. Cette dernière se montra favorable aux désirs de la population ; par lettres-patentes du 16 avril 1507, elle accorda à la ville de Cognac une nouvelle charte communale, qui reproduisait les principales dispositions de la charte de 1352.

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    Le corps de ville devait se composer de ving-quatre menbres, dont douze avaient le titre d'échevins, et les douze autres de conseillers.Pour la première fois, ces magistrats furent nommés par Louise de Savoie, qui compose l'échevinage d'hommes déjà connus par leur dévouement au bien public. Lorsqu'une vacance venait à se produire, le nouveau conseiller était élu par les autres menbres du corps de la ville.Tous les ans, le lendemain de Noël, les échevins et les conseillers se réunissaient et choississaient parmi eux un candidat aux fonctions de maire. Ce dernier était alors présenté au comte d'Angoulême, qui recevait son serment.Louise de Savoie ne quittait guère le château de Cognac. Elle ne s'en absentait que lorsque ses intérêts l'appelaient à Amboise, près du roi, qui était alors Louis XII, l'oncle de ses enfants. Son jeune fils, François, demeurait plus souvent à la cour, où le retenait sa qualité d'héritier du trône.

    François revint à Cognac en 1514 et y fut reçu en grande pompe par toute la noblesse de la Saintonge et de l'Angoumois, et par toute la population ; mais son séjour ne put être de longue durée. La mort de la reine Anne de Bretagne le rappela à la cour, et, quelques jours après son retour, il épousait la fille du roi, Claude de France.Le 1er janvier 1515, le comte d'Angoulême montait sur le trône de France, à l'âge de ving-et-un ans.Le nouveau roi n'oublia pas sa ville natale. Un de ses premiers actes fut de l'exempter de tous les impôts qui seraient levés sur le comté d'Angoulême, pour frais de guerre ou pour l'entretien des armées, et de confirmer l'institution du corps de ville établi par sa mère.

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    Cette même année, la ville de Cognac fut grandement éprouvée par une violente épidémie de peste, qui fit de grands ravages, et par une grande disette, causée par l'intempérie des saisons et par les débordements des cours d'eau.Le règne de François 1er fut une époque de grande prospérité pour la ville de Cognac. Les nombreux séjours qu'il fit dans sa ville natale, avec toute sa cour, les privilèges considérables qu'il concéda aux habitants donnèrent une vive impulsion au commerce, qui prit une très grande extension.D'ailleurs, Louise de Savoie, devenue duchesse d'Angoulême, se montra de plus en plus dévouée aux intérêts de la cité, qu'elle affectionnait plus qu'aucune autre. D'importants changements furent apportés au château : les épaisses murailles qui l'entouraient de toutes parts, et les tours crénelées qui en assuraient la défense, furent abattues et le sombre manoir féodal fit place à une élégante construction de la Renaissance.

    Les premiers séjours du roi à Cognac eurent lieu en 1519 et en 1522. Il était accompagné de l'élite de sa noblesse. A cette occasion, de grandes fêtes eurent lieu au château de Cognac. Le 13 mars 1522, en présence de la mère et de la soeur du roi, plusieurs seigneurs, qui s'apprêtaient à le suivre en Italie, reçurent de ses mains les insignes de la Chevalerie.On connait les résultats désastreux de la campagne d'Italie: l'armée française fut mise en déroute à Pavie et le roi, fait prisonnier, fut emmené en captivité à Madrid. On sait également comment, afin de recouvrer sa liberté. François Ier fut obligé de signer, avec Charles-Quint, le traité de Madrid, par lequel la Bourgogne était abandonnée à l'Empereur.Aussitôt libre, le roi accourut à Cognac où l'attendait une cour nombreuse. C'est là que se trouvaient les envoyés de Charles-Quint, venus pour le sommer d'exécuter les clauses du traité de Madrid.

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    Pour toute réponse, le roi reçut, en leur présence, les députés de la Bourgogne venant déclarer que cette province refusait de se séparer de la Couronne de France. De plus, une assemblée de notables, réunie à Cognac, déclara que le roi ne pouvait disposer des provinces du royaume sans le consentement de la nation. C'est également pendant ce séjour du roi que fut conclue, avec les ambassadeurs du pape, du roi d'Angleterre et de divers états de l'Allemagne et de l'Italie, la ligue de Cognac, destinée à mettre un terme aux projets ambitieux de l'Empereur (22 mai 1526). François 1er ayant refusé d'exécuter les clauses du traité de Madrid, la guerre recommença et se continua avec des alternatives de succès et de revers jusqu'au traité de Cambrai (1529).

    Par une clause de ce traité, le roi de France s'engageait à épouser la soeur de l'empereur Charles-Quint, Eléonore d'Autriche. La nouvelle reine arriva à Angoulême le 22 juillet 1530. Elle y fut rejointe le lendemain par le roi qui la conduisit à Cognac. Cette ville lui fit une réception magnifique et son séjour fut l'occasion de fêtes de toutes sortes : chasses dans les forêts, pêches dans la Charente, tournois et passes d'armes dans la grande cour du château.Lors de l'entrée de la reine à Cognac, afin d'éviter les rues étroites et tortueuses de la vieille cité, le roi avait fait diriger le cortège en dehors des remparts, en le rapprochant des jardins et de la hauteur du parc. La route suivie a gardé, jusqu'à une époque assez récente, le nom de chemin de la reine.Cependant, le corps de ville, réorganisé par Louise de Savoie, ne restait par inactif et, pendant le règne de François 1er, d'importants travaux furent exécutés. Les routes qui rayonnaient autour de la ville furent réparées; certains chemins furent pavés ; le pont de Saint-Sulpice, sur l'Antenne, fut reconstruit et le pont en bois de Soubérac, qui tombait de vétusté, fut remplacé par un pont en pierre.

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    Toutes ces améliorations facilitaient grandement les transactions commerciales. Aussi, à la mort de François 1er, la ville de Cognac jouissait-elle d'une grande prospérité.Après la mort de Louise de Savoie, Cognac, ainsi que le reste du duché d'Angoulême, fut définitivement réuni à la Couronne de France. A partir de cette époque, il fut souvent donné en apanage ; mais les apanagistes n'y résidèrent jamais et la plupart d'entre eux n'y mirent même jamais les pieds.Cognac étant le grand entrepôt de sel de la région, il n'est pas surprenant que cette ville ait été mêlée au mouvement insurrectionnel de 1548. Nous avons raconté, dans notre précis historique, les phases diverses de cette insurrection ; nous n'avons donc pas à y revenir. Mais nous devons consacrer quelques lignes aux querelles religieux auxquelles la ville de Cognac fut souvent mêlée.

    La religion protestante trouva de nombreux adeptes parmi la riche bourgeoisie de Cognac, et cette ville est une des premières qui ait eu une église réformée. Dès le mois de novembre 1558, à la suite des prédications de François Boisnormand et de Vignaux, quelques exaltés brisèrent une image de la vierge placée au portail de l'église Saint-Léger, et l'année suivante, les esprits étaient tellement surexcités, que le lieutenant de la ville et le procureur du roi durent faire appel au gouverneur de l'Angoumois, Prévost de Sansac, pour faire respecter leur autorité méconnue.Lorsque, sous le règne de François II, les passions religieuses se furent déchaînées dans tout le royaume, Pierre de Montalembert, gouverneur de Cognac, réussit pourtant à maintenir l'ordre dans la ville ; il put assurer le libre exercice du culte catholique et obligea les protestants à s'abstenir de toutes manifestations politiques.

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    Cependant, les passions étaient trop vivement surexcitées, de part et d'autre, pour que les tentatives de conciliation, entreprises par le chancelier de l'hôpital, pussent avoir une chance de réussir ; la guerre civile était inévitable.Le signal en fut donné par le massacre des protestants à Vassy. Tout d'abord, les catholiques et les protestants s'entendirent, à Cognac, pour garder la ville et en interdire l'entrée à toute troupe armée, qu'elle fût catholique ou protestante. Mais la présence, dans les environs du seigneur de Marthon, Hubert de la Rochefoucauld, chef des catholiques, ayant enhardi ces derniers, le lieutenant civil Robiquet et le maire Dalembert complotèrent de lui livrer la ville.

    Les protestants, ayant eu connaissance de ce complot, s'emparèrent de l'hôtel de ville et occupèrent tous les postes. Puis, dans leur irritation, ils se précipitèrent dans l'église Saint-Léger, brisèrent les autels et instituèrent le seigneur d'Asnières gouverneur de la place. L'exercice du culte catholique cessa alors dans l'église Saint-Léger et les protestants s'y réunirent pour faire le prêche.Cependant, le seigneur de Marthon, ignorant ce qui s'était passé, s'approcha des portes à l'heure convenue. Il fut reçu à coups de mitraille et dut se retirer à Châteauneuf, où il fut bientôt assiègé par les sires de Montguyon et de Saint-Séverin. N'ayant pu réussir à prendre Châteauneuf, ces derniers se retirèrent vers Cognac, qui refusa de leur ouvrir ses portes.

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    Deux ans après, sur le point d'être réduits par la force, les protestants ouvrirent les portes de Cognac au seigneur d'Ambleville, qui prit le commandement de la ville en l'absence du gouverneur, Prévost de Sansac. Ce fut au tour des catholiques à exercer leurs représailles.La paix d'Amboise vint suspendre les hostilités. Le jeune roi, Charles IX, en profita pour parcourir quelques provinces de son royaume. Accompagné de sa mère. Catherine de Médicis, de son frère, le duc d'Anjou, de sa soeur, Marguerite, et de plusieurs grands seigneurs, il visita Angoulême, Châteauneuf, Jarnac et arriva à Cognac le 21 août 1565. La cour s'établit au château de Cognac et y demeura jusque dans les premiers jours du mois de septembre.

    Cognac reçut ensuite la visite de Jeanne d'Albret, reine de Navarre et mère du futur roi Henri IV. Peut de temps après, les hostilités ayant recommencé entre les catholiques et protestants, le prince de Condé s'empara de Cognac et y mit une forte garnison protestante. Aussi les tentatives du comte de Brissac, pour reprendre la ville, furent-elles inutiles.Après la défaite des protestants à Jarnac (le 15 mars 1569), c'est Cognac que l'amiral de Coligny rallia les débris de son armée et que Jeanne d'Albret présenta aux troupes protestantes son fils et le fils du prince Condé, en leur disant: << Voici, mes amis, deux nouveaux chefs que je vous donne et deux orphelins que je vous confie >>.

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    Deux jours après, le duc d'Anjou se présenta devant Cognac avec de l'artillerie, et, pensant avoir la ville par composition, il la somma de se rendre. Mais les protestants qui, après le départ de l'amiral de Coligny, avaient mis à leur tête le copitaine Pluviaut, se portèrent à la rencontre des catholiques et les contraignirent à tourner la ville et à s'éloigner. Le lendemain, le duc d'Anjou regagna Jarnac, après avoir perdu beaucoup de monde et deux drapeaux.Les protestants demeurèrent maîtres de Cognac avec garnison de sept mille hommes. Le 6 juillet suivant, l'armée catholique reparut sous les remparts de Cognac. Un envoyé présenta au gouverneur, Jean de Montbron, seigneur de Thors, une lettre du roi Charles IX, le sommant de se rendre. Après avoir baisé la lettre, le vieux guerrier la rendit à l'envoyé en disant << qu'il ne savait ni lire ni écrire, et que ses compagnons avaient coeur et mains, et point d'oreilles >>

    Peu de temps après, le traité de Saint-Germain vint rétablir la paix dans la royaume. La ville de Cognac était une des quatre places de sûreté que ce traité accordait aux protestants. Le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) n'eut pas de répercussion sérieuse dans notre province ; le sang protestant ne coula pas dans les rues de Cognac. Après ce drame sanglant, la guerre recommença entre catholiques et protestants ; mais notre province eut peu à en souffrir.Cependant, en 1578, les catholiques formèrent entre eux la Sainte-Ligue. Le but apparent de cette association était de sauvegarder les intérêts de la religion; mais, en réalité, les liqueurs servaient les intérêts du duc de Guise, dont l'ambition ne tendait à rien de moins qu'à détroner à son profit le faible roi Henri III. La guerre devenait donc politique autant que religieuse.

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    Effrayée de l'influence croissante du duc de Guise, la reine-mère, Catherine de Médicis, songea à se rapprocher du roi de Navarre et à négocier une alliance entre ce prince et son fils, Henri III. Elle vint donc à Cognac. Après quelques pour parlers, une entrevue fut convenue entre elle et le Béarnais. Tout d'abord, cette entrevue devait avoir lieu sur un pont construit sur les Charente et cinquante arbres furent, en effet, coupés et transportés à Cognac pour l'établissement de ce pont. 

    Mais, pour une cause inconnue, ce projet fut abondonné et il fut convenu que les conférences auraient lieu au château de Saint-Brice. Ces conférences (septembre 1586) n'eurent d'autre résultat qu'une prolongation de la trève jusqu'au six janvier suivant. Catherine de Médicis rentra alors à Cognac, où elle demeura quelques jours.Après l'assassinat du roi Henri III (2 août 1589), le nouveau roi, Henri IV, se vit obligé de conquérir son rayaume sur les liqueurs, qui se refusaient à reconnaître son autorité. En 1592, il vint à Cognac et confirma tous les privilèges accordés à la ville par ses prédécesseurs. Cependant, un édit de 1598 rétablir les impôts, dont les habitants de Cognac avaient été exemptés par les anciens rois.

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    La même année (1598), l'Edit de Nantes, en reconnaissant aux protestants le libre exercice de leur culte et leur admission aux emplois publics, mit fin aux guerres religieuses. Le pays put alors respirer et consacrer son activité à réparer les ruines accumulées par quarante années de guerre civile. A Cognac, grâce aux encouragements de Sully, le commerce prit un nouvel essort; d'importantes maisons exportaient en Angleterre les vins rouges de la contrée, alors que les excellents vins blancs, récoltés dans les Borderies, étaient expédiés en Flandre et en Hollande.D'autre part, ces maisons recevaient les produits d'Amérique, les cuirs du Canada, les épices et les étoffes du levant, qu'elles réexpédiaient dans le haut pays. Malheureusement, cette période de tranquilité ne devait pas durer. Les catholiques trouvaient excessives les concessions accordées aux protestants par l'édit de Nantes ; les protestants, au contraire, n'étaient qu'à demi satisfaits. Aussi, des les premiers jours du règne de Louis XIII, on pouvait prévoir de nouveaux troubles.

     

    Cognac avait alors pour gouverneur le baron François de Jussac d'Ambleville, homme énergique, qui parvint à maintenir l'ordre dans son gouvernement, alors que le Saintonge était en pleine révolte. Les principaux points d'appui des protestants étaient les villes de la Rochelle et de Saint-Jean-d'Angély. Louis XIII vint en personne assièger cette dernière ville et s'en empara le 24 juin 1621.Après la reddition de cette place, le roi se rendit à Cognac, où il fut accueilli avec joie par la population. Il y trouva le duc d'Epernon, gouverneur de l'Angoumois, qu'il chargea, de concert avec le gouverneur Jussac d'Ambleville, d'organiser un corps d'armée pour le mener devant la Rochelle.Après la mort de Jussac d'Ambleville (1625), le gouvernement de Cognac fut confié à Henri de Baudéan, comte de Parabère. Ce dernier, jaloux de ses prérogatives, abusa de son autorité pour humilier les principaux citoyens de la ville dont il avait la garde.

     

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    Entre autres, on peut citer le fait suivant : Ayant à s'absenter, il  manda le maire de Cognac et lui enjoignit d'avoir à venir, pendant son absence, prendre le mot d'ordre auprès de la comtesse sa femme, et, comme le maire se refusait à une démarche qu'il jugeait contraire à sa dignité, le gouverneur le menaça, s'il n'obéissait pas, de le faire mettre au cachot et même de le faire poignarder.En 1633, le comte de Parabère fut nommé gouverneur de Poitou et remplacé à Cognac par Léon de Sainte-Maure, comte de Jonzac. C'est pendant le gouvernement du comte de Jonzac qu'eut lieu le siège de Cognac par les Frondeurs.Le gouvernement despotique du cardinal de Richelieu avait fait de nombreux mécontents dans toutes les classes de la société. Aussi, après la mort du roi Louis XIII, lorsque le pouvoir eût passé aux mains d'un enfant de cinq ans et d'une régente, conseillée par un ministre étranger, une violente réaction s'opéra.

    Le prince de Condé se mit à la tête des mécontents, et, désireux de s'établir fortement au sud de la Loire, il vint mettre le siège devant Cognac, espérant se rendre assez facilement maître de cette ville dont les murailles étaient assez mal entretenues.A cette époque, la ville de Cognac était encore resserrée dans son ancienne enceinte, percée seulement de quatre portes, dont les trois principales étaient : la porte Angoumoisine, flanquée de deux grosses tours rondes, et faisant face au chemin qui venait d'Angoulême, la porte Saint-Martin et la porte du Pont ; cette dernière existe encore de nos jours. En partant de la porte Angoumoisine, la ligne des murailles suivait la direction du boulevard Denfert-Rochereau actuel et rejoignait le château ; puis, après avoir longé la rivière, elle rejoignait l'emplacement occupé aujourd'hui par la place de Beaulieu et se dirigeait ensuite vers la porte Angoumoisine par la promenade de la Corderie.

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    Cependant, lorsqu'on apprit l'arrivée du prince Condé, on se prépara à la résistance. Les murailles furent réparées, les brèches relevées et les fossés, débarrassés des matériaux qui les encombraient.Les catholiques et les protestants, oubliant leurs dissensions, s'unirent contre l'ennemi commun ; sous la conduite d'un homme de coeur, Arnaud Gay, sieur des Fontenelles, capitaine au régiment de Piémont, toutes les mesures furent prises pour repousser les Frondeurs.Le matin de la Toussaint, le maire de Cognac, Cyvadier, qui était également capitaine de la ville, réunit tous les défenseurs de la cité, auxquels s'étaient joints les gentilshommes des environs, accourus pour prêter leur appui à la cause de la royauté. Il y avait là Charles de Courbon, comte de Blénac, Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, Jean-Louis de Brémond, marquis d'Ars, Josias Chesnel, seigneur de Château-Chesnel, François d'Ocoy, seigneur de Saint-Trojan et de Saint-Brice, et de nombreux seigneurs, qui tous rivalisaient de zèle et de courage.

    Le lendemain, arriva le comte de Jonzac, gouverneur de Cognac,  avec soixante chevaux et des fantassins qui allèrent occuper le château. On forma alors, sous la présidence du maire, un conseil de guerre, composé de quatre gentilshommes, de quatre échevins, du lieutenant-général et du procureur du roi.Comme le roi se trouvait à Poitiers, on chargea les sieurs de Combizant, lieutenant général, et de Romas, procureur du roi, auxquels on adjoignit Jean Allenet, bourgeois et échevin, d'aller assurer  sa Majesté de la résolution prise de mourir pour son service et de lui demander de ratifier le choix du sieur des Fontenelles comme commandant des forces réunies dans la ville.

    Ce fut le marquis de Bellefonds, qui eut l'ordre de prendre le commandement de la place. Avec le plus noble désintéressement, le sieur des Fontenelles accepta de rester en sous-ordre, et, dès le lendemain, on le vit diriger la construction d'une demi-lune destinée à protéger la porte Angoumoisine.