• Cognac

     

     

     

     

     

      Le 7 novembre, le duc de la Rochefoucauld, lieutenant général du prince de Condé, vint s'installer au logis de l'Eclopart, avec l'avant-garde de l'armée assiégeante. Comme il s'approchait, à la tête de deux cents cavaliers, pour reconnaître la ville, les habitants se portèrent à sa rencontre, mais l'affaire se borna à quelques escarmouches.Dans la nuit du 8 au 9 novembre, l'armée du prince Condé investit complètement la ville. Le régiment de la Rochefoucauld prit position sur les hauteurs de Cagouillet ; le régiment d'Albret s'établit dans l'enclos de la chambre, et le régiment du comte de Lorge à la Perdasse ; le régiment d'Enghien, qui avait envahi le couvent des Cordeliers, n'était qu'à une portée de carabine des remparts ; enfin, les régiments de Guyenne et de Tarente, ayant occupé le foubourg Saint-Jacques, sur la rive droite de la Charente, établirent un pont de bateaux, afin de se mettre en communication avec les troupes campées sur l'autre rive.

    A l'intérieur de la ville, on se préoccupait vivement des mesures à prendre. Le conseil de guerre avait émis l'avis de détruire le couvent des Cordeliers, qui pouvait servir de point d'appui aux assiégeants ; mais le sieur des Fontenelles s'y opposa, en faisant valoir que ce côté de la ville était le plus fort et qu'on pourrait facilement résister à l'attaque, si elle se produisait à cet endroit.Après avoir lancé quelques boulets contre les murailles, et avoir ainsi montré la puissance de leur artillerie, les assiégeants envoyèrent un trompette sommet les habitants de se rendre. Ceux-ci répondirent qu'ils étaient résolus à se défendre et à mourir pour le service du roi.

    On se prépara alors à la résistance. Les gentilshommes, ayant à leur tête les sieurs de Bellefonds et des Fontenelles, se portèrent au lieu de l'attaque, pour protéger la tour de Lusignan, qui était défendue par un fossé large et profond. Il n'y avait donc à craindre que la mine. Aussi, pour empêcher les assiégeants de s'approcher du pied de la tour, pendant toute la nuit on jeta dans le fossé une grande quantité de cercles et de javelles goudronnés et enflammés, afin d'éclairer le fossé.Les jours suivants, les assiégeants continuèrent de battre les murailles avec leur artillerie, sans causer beaucoup de dommages. La crainte des assiégés était toujours que la muraille ne fût minée ; aussi, le sieur de Boismorin se fit-il descendre deux fois dans le fossé pour s'assurer qu'il n'en était rien.

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    Pendant ces quelques jours, le passage de la Charente était devenu très difficile, par suite des pluies continuelles, qui l'avaient considérablement grossie. Aussi, une grande partie des troupes, campées sur la rive droite de la rivière, avaient-elles rallié le gros de l'armée du côté de la porte angoumoisine.Cependant, comme les assiégés commençaient à manquer de munitions, ils chargèrent le sire de Château-Chesnel d'aller prévenir le comte d'Harcourt et le prier de se hâter de venir à leur secours.Le même jour, le prince de condé arriva. Après avoir constaté le peu de résultats obtenus par ses troupes, il résolut de faire saper la tour de Lusignan. A cet effet, il fit entrer dans le fossé cinquante hommes d'armes, dont cinq étaient porteurs de madriers,  et deux mineurs qui devaient s'attacher à la muraille. Mais le projet fut découvert par le comte de Blénac. 

    Pendant que le fossé était éclairé par un grand nombre de javelles enflammées, les sieurs de Bellefonds et des Fontenelles, postés près de la porte Saint-Martin avec de nombreux gentilshommes, ouvrirent le feu sur les mineurs et sur les gens d'armes qui furent tous tués à l'exception d'un seul qui fut pris et fait prisonnier et qui apprit aux assiégés l'arrivée du prince de Condé.Le sire de château-Chesnel était parvenu à rejoindre le comte d'Harcourt et l'avait mis au courant de la situation. Le chef de l'armée royale envoya aussitôt le sieur de Folleville, maréchal de camp, à la tête des chevaux-légers de Baradas et du régiment de Jarnac avec ordre de s'emparer du pont de Saint-Sulpice, que les Frondeurs cherchaient à rompre. Ces derniers ayant été repoussés et le passage rétabli, de Folleville continua sa route et se porta sur Javrezac, dans la crainte que l'ennemi ne cherchât à couper le pont jeté sur l'Antenne.

    Aussitôt que l'armée royal eût paru en vue de la ville (15 novembre), le sieur de Boismorin, malgré le danger que présentait cette opération, s'offrir à aller prendre les ordres du comte d'Harcourt, afin que les assiégés puissent savoir le  rôle qu'ils auraient à remplir. Il réussit dans sa tentative, et il fut convenu que la sortie des assiégés se ferait par le pont.Le plan du comte d'Harcourt était, en effet, d'attaquer avec toutes ses troupes les barricades que les Frondeurs avaient établies à l'entrée des trois avenues donnant accès au foubourg Saint-Jacques. Il divisa donc ses troupes en trois colonnes : celle du milieu, commandée par le lieutenant-général Duplessis-Bellière, celle de droite, sous les ordres du maréchal de camp de Folleville et celle de gauche, dirigée par le sieur d'Hendicourt, aussi maréchal de camp.Avant d'engager l'action, le comte d'Harcourt somma de se rendre ceux qui occupaient le faubourg ; mais le sieur de Saint-Aubin, qui commandait pour le prince de Condé, répondit que << lui et les siens répondraient par la bouche des mousquets. >>

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    L'assaut fut alors ordonné et les trois barricades, qui défendaient le faubourg furent enlevées par les troupes royales. Pendant ce temps, ainsi que cela avait été convenu, les gentilshommes enfermés dans la ville, auxquels s'étaient joints un certain nombre d'habitants bien armés, s'élançaient au dehors, culbutaient les défenseurs des barricades élevées du côté de la ville et ne s'arrêtaient qu'après avoir rejoint les troupes du comte d'Harcourt.Après un combat de deux heures, le faubourg Saint-Jacques était tombé au pouvoir de l'armée royale. Les vainqueurs rentrèrent alors dans la ville, où l'accueil le plus chaleureux leur fut fait. Le prince de Condé, qui campait sur la rive gauche de la Charente, avait bien essayé d'envoyer quelques troupes au secours des siens ; mais les bateaux qui les portaient, mal dirigés, furent entraînés par l'eau et ceux qui les montaient, ou bien périrent par le feu des assiégés, ou bien se noyèrent. Alors le prince se décida à lever le siège.Le roi récompensa dignement la ville de Cognac de sa fidélité.

    Des lettres de noblesse furent accordées au maire, Louis Cyvadier, ainsi qu'à ses sucesseurs; le vaillant sire des Fontenelles reçut, en récompense de sa bravoure, la charge de lieutenant du roi pour la ville et le château ; quatre grandes foires royales furent créées ; enfin le commerce fut encouragé par la diminution des droits sur le vin et sur les eaux-de-vie qui descendaient la rivière.Le comte de Jonzac, gouverneur de Cognac, mourut le 21 juin 1671. Il eut pour sucesseur son fils, Alexis de Sainte-Maure, qui ne lui survécut que quelques années. Après son décés, l'influence de Mme de Maintenon fit donner le gouvernement de Cognac à Charles d'Aubigné, dit le comte d'Aubigné.Ce fut une période de décadence pour la ville de Cognac. C'est, en effet, l'époque de la Révocation de l'Edit de Nantes, époque néfaste, où les protestants, entre les mains desquels étaient à peu près tout le commerce et toute l'industrie, durent abandonner leur pays, pour se soustraire aux persécutions auxquelles ils étaient en butte.

    Les distilleries furent fermées ; les négociants de Cognac, presque tous protestants, durent cesser leurs relations avec l'étranger ; on vit partout cesser le commerce des vins et des eaux-de-vie et la plupart des vignes restèrent sans culture.Après la mort du roi XIV (1715), la situation s'améliora sensiblement; grâce aux idées de tolérance qui pénétrèrent peu à peu dans toutes les classes de la société, pendant le dix-huitième siècle, les dissensions entre catholiques et protestants s'atténuèrent de plus en plus ; la paix et la tranquillité revinrent et le commerce prit un nouvel essor.Un seul fait mérite d'être signalé pendant le cours du dix-huitième siècle. En 1767, le gouvernement de Cognac avait été donné au duc de la Vauguyon, qui affectionnait beaucoup le séjour de cette ville. Aussi, par contrat du 1er juin 1772, il obtint du roi Louise XV la cession des châtellenies de Cognac et de Merpins, en échange de deux portions de la forêt de Senonches. Par suite de cet échange, la ville de Cognac était soustraite à l'autorité du roi, pour être placée sous le vasselage d'un simple seigneur. Aussi le mécontentement fut-il grand parmi la population, et les protestants furent-elles des plus vives.

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    Cependant, l'espoir revint lorsqu'on apprit que le duché d'Angoulême avait été donné en apanage au comte d'Artois. On pensait, en effet, que le nouvel apanagiste aurait le droit de réunir sous son autorité le duché tout entier, y compris les châtellenies de Cognac et de Merpins.Mais la joie fut courte durée ; car un contrat de subrogation, du 30 juillet 1775, confirmé par des lettres patentes du roi, de la même année, stipula la distraction des châtellenies de Cognac et de Merpins du duché-pairie d'Angoulême. La révolution mit fin à cette situation.Nous n'avons pas à nous étendre sur cette période de notre histoire qui devait bouleverser si profondément l'ordre social. Disons seulement que la convocation des Etats-Généraux, pour le 5 mai 1789, fut accueillie à Cognac, comme dans le reste du pays, avec un grand enthousiasme et que, parmi les députés du Tiers-Etat, élus pour Angoumois, était M.Etienne Augier, l'un des représentants les plus autorisés du commerce cognaçais.

    Ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire, c'est au commerce des eaux-de-vie, produites par les vignobles chateantais, que Cognac doit son importance et sa réputation mondiale. Cependant l'origine de ce commerce n'est pas très ancienne et ne remonte guère au-delà du seizième siècle.Jusqu'a cette époque, les vignes de l'Angoumois produisaient déjà des vins estimés au dehors ; mais ces vins se vendaient en nature en Angleterre, en Flandre et en Hollande.La plus ancienne maison de Cognac, qui se soit livrée au commerce des eaux-de-vie, est la maison Augier frères, représentée aujourd'hui par l'honorable M.Ch. de Bournonville. Cette maison, bien connue par sa scrupuleuse probité commerciale, était établie à Cognac dès les premières années du dix-septième siècle. Dans une mézée, tenue par le Corps de ville de Cognac, le 1 er mai 1627, le procureur de la commune annonça << qu'il est dù vingt-et-une livres six sols au sieur Augier, marchand, pour nombre de sucre >>, et,  dans un autre mézée, tenue le 23 mai 1629, figure, comme échevin, le sieur Luc. Augier.

    Il appartenait à un jeune étranger de donner au commerce des eaux-de-vie l'impulsion qui lui était nécessaire pour se développer. C'est en 1715 que vint s'établir à Cognac Jean Martell, originaire de l'île de Jersey, dans la Manche. Ses débuts furent modestes ; il se créa d'abord quelques débouchés dans son île natale et dans l'île voisine de Guernesey, puis en Hollande et dans les villes hanséatiques. Enhardi par ses premiers succès, il quitta Cognac en 1723 pour visiter Londres, où il se créa d'importantes relations. A partir de cette époque, ses affaires ne cessèrent de s'accroître et, à sa mort, en 1753, il laissait une maison de commerce des plus prospères.Jean Martell avait épousé, en 1738, une jeune fille de Cognac, Jeanne Rachelle Lallemand, qui lui laissa sept enfants. Après sa mort, sa veuve s'associa avec son frère et continua les affaires sous la raison sociale : Veuve Martell Lallemand.  La maison Martell était représentée par M.Edouard Martell, sénateur de la Charente.

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    Vers 1725 s'établit à Jarnac M.Isaac Ranson, qui entretient des relations suivies avec Hollande et l'Irlande. En 1793, M. Ranson s'associa son gendre M. James Delamain et la maison Ranson devint la maison Ranson et Delamain. Ce dernier était irlandais et une partie de sa famille était restée en Angleterre. Cela lui permit d'étendre ses relations dans ce dernier pays et la maison prit une grande extension.En 1796, Mme Delamain, restée veuve, s'associa également ses deux gendres, MM. Gab. Garreau et Th. Hine. En 1817, ce dernier pris seul la direction de la maison sous la raison sociale Thomas Hine et Cie. Longtemps après, certaines personnalités, issues des mêmes familles, ont fondé deux autres maisons de commerce: les maisons Roullet et Delamain et Ranson et Cie ; mais seule maison pouvant prétendre au titre de sucesseur de Ranson et Delamain est la maison Thomas Hine et Cie.C'est vers l'année 1765 que la maison Hennessy, la quatrième comme ancienneté, vint s'établir en France. Le fondateur de cette maison, Richard Hennessy, était d'origine irlandaise. Aussi, lorsqu'en 1825, son fils fut élu député de Cognac, la question de sa nationalité fut soulevée à la Chambre des députés. Cette dernière admit la validité de l'élection, en se basant sur ce que la famille Hennessy était fixée en France depuis près de soixante ans et qu'elle y avait fondé un établissement commercial de premier ordre.

    La maison Hennessy prospéra rapidement et acquit très vite une grande importance ; c'est, avec la maison Martell, la plus considérable de Cognac. Afin de compléter la liste des négociants établis à Cognac avant le dix-neuvième siècle, nous citerons encore la maison O'Tard de la Grange et Dupuy, fondée au mois de juillet 1796.Pendant tout le dix-neuvième siècle, un grand nombre de maisons nouvelles se sont fondées et la plupart d'entre elles se sont fait une réputation des mieux méritées sur tous les marchés du monde. Parmi toutes ces maisons, nous devons une mention particulière à la société Vinicole, fondée par actions, en 1838, sous la direction de M. Antoine de Salignac, qui eut pour sucesseurs ses deux fils, Georges et Louis. La Société Vinicole était gérée par M. Monnet.

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    Dans le dernier quart du dix-neuvième siècle, la crise phylloxérique vint compromettre gravement la propérité du commerce cognaçais. Mais, heureusement, les réserves accumulées dans les chais des producteurs étaient considérables et permirent aux négociants de Cognac de traverser, sans de trop grands dommages, la période de long tâtonnements, qui précéda la reconstitution du vignoble.La qualité des eaux-de-vie charentaises dépend d'un ensemble de circonstances qu'il serait impossible de trouver réunies dans d'autre lieu. Ce serait donc une erreur de croire qu'il suffirait de planter des cépages charentais dans un sol ayant la même composition que le sol charentais pour obtenir des produits semblables aux eaux-de-vie de Cognac.Des facteurs,autres que le sol et le cépage, jouent également leur rôle, entre autres le climat, l'exposition du terrain, etc. Il en résulte que les différents crûs de Cognac, tout en ayant chacun ses qualités particulières, ne se ressemblent pas et qu'on trouve des différences sensibles entre les eaux-de-vie récoltées sur les différents points du vignoble charentais.

    Les eaux-de-vie les plus estimées sont celles produites par la Champagne, vaste plaine crayeuse, qui s'étend sur la rive gauche de la Charente, de Beillant à Châteauneuf et de Cognac à Barbezieux. Viennent ensuite les Borderies, comprenant la partie du canton de Cognac située sur la rive droite du fleuve. Ajoutons que, par l'excellence de leurs procédés de distillation, les bouilleurs parviennent à extraire du vin l'arôme qu'il peut contenir.Jusque vers le milieu du dix-neuvième siècle, l'exportation des eaux-de-vie s'est faite uniquement dans des futailles, fabriquées généralement en bois de chêne du Limousin. Mais, à partir de l'année 1830, un nouveau mode d'expédition prit rapidement un grand développement ; nous voulons parler des expéditions en bouteilles, que la maison Jules Robin fut une des premières à préconiser.Ce nouveau mode d'expédition introduisit à Cognac une nouvelle industrie, l'industrie de la verrerie. Une première verrerie, installée à Gagouillet, par un M. Matignon, de Jarnac, propéra pendant quelque temps ; mais, mal administrée, elle périclita bientôt et dut éteindre ses fours. Une autre verrerie, établie au faubourg Saint-Martin, n'eut pas un meilleur sort.

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    En 1878, ce dernier établissement, qui était fermé depuis de longues années, fut acquis par un homme de haute valeur, M.Claude Boucher, qui, par son labeur infatigable et par ses remarquables inventions, devait révolutionner l'art de la verrerie et dont la mort, survenue le 13 novembre 1913, a pu être considérée, à Cognac, comme un malheur public.Claude Boucher fut réellement le fils de ses oeuvres. Né à Blanzy (Saône-et-Loire), le 22 décembre 1842, il était fils d'un potier-verrier de la verrerie de Blanzy. Dès l'âge de onze ans, il aidait son père dans son travail; on pouvait le voir, en hiver, se rendre, dès quatre heures du matin, à la verrerie, afin de préparer la terre que devait façonner son père. Doué d'une énergie peu commune et pris d'un ardent désir de s'instruire, il emportait toujours avec lui quelque livre d'étude, et il profitait des rares instants de repos que lui laissait son travail pour perfectionner son instruction. Aussi, à vingt ans, le métier de verrier n'avait plus de secrets pour lui.

    C'est en 1863 qu'il vint, pour la première fois, dans notre contrée; on lui avait offert la direction d'une verrerie qui périclitait, à La Tremblade. Il resta à La Tremblade quelques années, se maria et,  en 1868, il devint directeur de verrerie de Faymoreau, en Vendée. Pendant les dix années qu'il passa à Faymoreau, tout en amenant cette usine à un degré de prospérité qu'elle n'avait jamais connu, Claude Boucher poursuivait ses études en chimie.Il s'était aménagé un laboratoire, où il se livrait à l'étude approfondie du verre et des matières qui entrent dans sa composition, ainsi que des argiles employées à la construction des fours et des creusets.

    Aussi, lorsqu'en 1878 il eut acquis la verrerie de Saint-Martin, à Cognac, songea-t-il à utiliser les nombreuses connaissance qu'il avait acquises. Sa première invention fut celle d'un four de fusion à travail continu. Ce four, qui peut soutenir plus de 400.000 kilogrammes de verre fondu, permet de produire, en vingt-quatre heures, avec trois équipes d'ouvriers, jusqu'à cinquante-cinq mille bouteilles.Cette invention fut complétée par une autre, qui met les ouvriers cueilleurs à l'abri de la température élevée du four et de la réverbération du verre incandescent : nous voulons parler du tube plongeur, en argile réfractaire, qui plonge dans la masse du verre en fusion et qui, grâce à un ouvreau approprié, permet à l'ouvrier de puiser les cueillages de verre sans fatigue et sans danger pour la vue.

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    Entre temps, en 1882, Claude Boucher avait inventé un moule tournant, qui déjà facilitait la tâche du souffleur. La sollicitude de cet excellent homme de bien pour ses ouvriers, les multiples inventions qu'il avait imaginées pour rendre moins pénible leur dur métier ne purent le mettre à l'abri des mouvements grévistes qui agitent périodiquement la classe ouvrière.En 1890 et 1892, il eut à tenir tête à deux grèves formidables qui vinrent ébranler sa situation. Il sortit plus fort de cette terrible épreuve et ce fut alors qu'il put mener à bien l'oeuvre maîtresse de sa vie: l'invention de la machine à fabriquer les bouteilles, qui transforma complètement l'art de la verrerie.

     Avant l'invention de cette machine admirable, le soufflage du verre était pour l'ouvrier verrier la cause de maladies multiples, qui le vieillissaient avant l'âge et le condamnaient presque toujours à une mort prématurée. Aujourd'hui, grâce à l'invention de Claude Boucher, l'ouvrier verrier est un ouvrier comme les autres.Aussi la nouvelle machine fut-elle promptement adoptée par un grand nombre de verrerie, en France et à l'étranger. Les inventions philanthropiques de Claude Boucher lui valurent, en 1902, le prix Montyon, décerné par l'Académie des sciences, et en 1909, la croix de la légion d'honneur.

     

    La verrerie de Saint-Martin devint bientôt insuffisante. Aussi, en 1903, Claude Boucher fit-il construire, au faubourg Saint-Jacques, une usine beaucoup plus vaste, qui occupe plus de cinq cents ouvriers et qui a ramené la vie et la propérité dans un quartier de Cognac, auparavant presque abandonné.Cette usine approvisionne la plus grande partie des négociants de Cognac et livre chaque année environ douze millions de bouteilles de toutes sortes. Par les immenses services qu'il a rendus à l'industrie verrière, Claude Boucher peut  considéré comme un bienfaiteur de l'humanité. Aussi devons-nous applaudir au noble geste de la municipalité de Cognac, décidant à l'unanimité de donner le nom de Claude Boucher à l'une des voies les plus importantes de la cité.

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    Souhaitons également que le Comité, formé pour élever à la mémoire de  cet homme de bien un monument digne de lui, réussisse dans son entreprise. La verrerie de Cognac est dirigée aujourd'hui par les fils de Claude Boucher, qui, élevés à l'école de leur père, en sont les dignes continuateurs.Jusque vers la fin du dix-huitième siècle, la ville de Cognac, resserrée entre ses murailles, ne put pas se développer librement. Aussi sa population n'était-elle pas en rapport avec son importance commerciale; d'après un recensement effectué en 1765, cette population atteignait à peine à cette époque le chiffre de trois mille deux cents habitants.

    Les rues, étroites et tortueuses, telles qu'on en rencontre encore quelques-unes dans la vieille ville, se dirigeaient en général vers le port. Quelques vieilles maisons subsistent encore: celle dont nous donnons la reproduction, est située à l'entrée de la rue Grande.Lorsque l'enceinte fortifiée eut été abattue, pour faire place à un magnifique boulevard, les constructions s'étendirent de toutes parts et de vastes faubourgs s'élèvèrent. Certaines voies de l'ancienne ville furent élargies : les maisons, reconstruites et Cognac prit peu à peu sa physionomie actuelle.

    Aujourd'hui Cognac est une ville importante, de près de vingt mille habitants, active, commerçante, dont le chiffre d'affaires est considérable. C'est le siège d'une sous-préfecture, d'un tribunal de première instance, d'un tribunal de commerce et d'une chambre de commerce.Le quartier le plus animé de la ville est la place François Ier, au milieu de laquelle s'élève la magnifique statue équestre du roi-chevalier, par Etex. De cette place rayonnent plusieurs voies importantes : l'avenue Victor Hugo ; la rue d'Angoulême, bordée de beaux magasin, qui unit la place François Ier à la place d'Arme, où se trouve le Marché couvert ; le boulevard Denfert-Rochereau, magnifique avenue aboutissant au pont-Neuf ; la place de la Corderie, où s'élève l'hôtel des Postes et Télégraphes.

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    La gare, située à l'extrémité méridionale de la cité, est reliée au centre de la ville par la rue Elisée-Mousnier, à laquelle fait suite la rue Saint-Martin, une des plus fréquentées de la ville. D'importants faubourgs se sont édifiés depuis un siècle tout autour de la ville. Dans les vastes terrains vagues qui s'étendaient au nord et en bordure de la route d'Angoulême, a surgi depuis cinquante ans toute une ville nouvelle, le populeux faubourg de Cagouillet.Au sud sétend le faubourg Saint-Martin, relié depuis peu à la rive droite de la Charente par un beau pont et dont la principale artère est la longue rue du Pons. Bientôt cette voie importante prendra le nom de maître verrier, qui a laissé , à Cognac, d'unanimes regrets, et s'appellera la rue Claude Boucher.

    Sur la rive droite de la Charente, relié au reste de la ville par un beau pont, de construction assez récente, sétend le faubourg Saint-Jacques, aujourd'hui en pleine propérité grâce au voisinage de la verrerie. Autrefois le pont, qui unissait les deux rives du fleuve, était un peu plus bas, en face de la vieille porte qui existe encore. Cet ancien pont a été démoli en 1855.L'ancien bourg de Crouin s'élève à peu de distance du faubourg Saint-Jacques, près du confluent de la Charente et de l'Antenne ; c'était le chef-lieu d'une ancienne commune, qui a été réunie à celle de Cognac, en 1867. Une des principales curiosités de Cognac est son beau parc, qui s'étend sur la rive gauche de la Charente, sur une longueur de plus d'un kilomètre.

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    Percé de nombreuses allées et planté d'arbres magnifiques, principalement de beaux chênes verts, ce parc forme une promenade des plus attrayantes. on y accède par une superbe avenue, plantée d'arbres, d'où la vue domine la vallée de la Charente et les hauteurs boisées qui limitent cette vallée sur la rive droite.Les monuments du passé sont assez rares à Cognac. En dehors de la vieille porte fortifiée, qui commandait l'entrée du pont, et de quelques maisons anciennes, que l'on peut voir dans la rue Grande et dans la rue Madeleine, nous ne pouvons citer que le château, l'église Saint-Léger et la petite église Saint-Martin.

    Du château primitif construit par les Lusignan, il ne reste que fort peu de choses ; se qui subsite du château de Cognac, appartient principalement aux constructions édifiées par le comte Jean par son fils Charles et par la duchesse Louise de Savoie. Le 4 messidor au IV , le château de Cognac fut acquis par MM. Caminade de Chatenay et Rambaud. En 1813, MM. O'Tard de la Grange et Dupuy s'en rendirent acquéreurs et le transformèrent en magasins à eaux-de-vie. Depuis cette époque, il n'a pas changé de destination.Léglise Saint-léger fut, dans le principe, le siège d'un prieuré fondé, au onzième siècle, par les comtes Itier et Arnaud et par leur oncle, Arnaud de Vitabre, évêque de Périgueux. Ayant appris l'arrivée dans la contrée d'un moine de l'abbaye d'Ebreuil, en Auvergne, nommé Aymeric, les comtes de Cognac et l'évêque de Périgueux le mandèrent près d'eux et lui signèrent une charte, par laquelle ils donnaient à l'abbaye d'Ebreuil, de l'ordre de Saint-Benoît, un emplacement pour y construire un monastère.

    On construisit alors une église en bois, qui fut consacrée solennellement par lévêque de Périgueux, et dédiée à St-Léger, St-Etienne et St-Laurent. Le moine Aymeric fut le premier prieur ; lorsqu'en 1059 il fut nommé abbé de Saint-Maixent, son neveu, Hugues, le remplaça.Pour subvenir aux premiers besoins des religieux, les fondateurs leur donnèrent une île sur la Charente, une écluse avec droit de pêche, la dîme des moulins et divers autres revenus. Bientôt les offrandes affluèrent au prieuré, qui s'enrichit rapidement, et la charte d'Arnaud de Vitabre et de ses neveux fut confirmée par Foulques Taillefer, comte d'Angoulême.

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    Vers la fin du onzième siècle, l'église primitive était devenue insuffisante. C'est alors que fut commencée la construction de l'église dont il subsite encore les principales parties et que nous décrirons plus loin ; la construction de cet édifice se poursuivit pendant la plus grande partie du douzième siècle.Les fondateurs de prieuré de Saint-Léger avaient reconnu aux moines bénédictins le droit de basse et moyenne justice sur toutes les terres et maisons qui leur étaient données. Bien que ce droit eût été confirmé à plusieurs reprises, notamment en 1282, par Guy de Lusignan et en 1290, par Hugues le Brun, des contestations s'élevèrent quelquefois entre les agents de la rein de Navarre, comtesse d'Angoulême, et les moines ; ces différends se terminèrent à la satisfaction de ces derniers.

    Très éprouvé par la guerre de Cent ans, le prieuré de Saint-Léger fut relevé par les habitants de Cognac ; mais, après les guerres religieuses du seizième siècle, sa ruine fut définitive. Aussi, afin d'empêcher sa disparition, l'évêque de Saintes résolut de remplacer les moines par des religieuses et, après avoir obtenu l'assentiment du prieur de l'Abbaye d'Ebreuil et l'autorisation du roi Louis XIII, il installa au preuré de Saint-Léger, et cela malgré l'opposition du Corps de ville, des religieuses bénédictines, qui y demeurèrent jusqu'à la révolution.L'église Saint-Léger est aujourd'hui le siège de l'archiprêtré et a englobé dans sa circonscription, l'ancienne paroisse de Saint-Caprais du château, dont les derniers vestiges ont disparu en 1850. L'église Saint-Léger est un monument magnifique, mais datant de plusieurs époques.

    La façade et la nef sont de style roman. Voûté primitivement en coupoles, cet édifice est d'une construction analogue à celle de la cathédrale d'Angoulême, bien que de date postérieure. La sculture est plus délicate ; la pierre, d'un grain très fin, s'est mieux prêtée à l'art de l'ouvrier.La façade, malheureusement défigurée par une rose du quinzième siècle, est une page merveilleuse de symbolisme et d'ornementation architecturale. Il faut regretter que la pierre, effritée par les pluies de l'ouest, ne laisse plus pénétrer facilement le secret de ces enseignements lapidaires. Néanmoins, on distingue encore et très nettement les signes du zodiaque.

    Toute la richesse d'ornementation du douzième siècle s'épanouit dans ce splendide portique qui est, en ce moment, l'objet d'une restauration consciencieuse. Le transept du midi est également de style roman, mais moins remarquable et d'un art bien inférieur.Le clocher, au contraire, est merveilleux d'audace et de fin architectural. On ne peut se lasser d'admirer la sveltesse des quatre piles romanes, qui portent la masse du clocher primitif, auquel l'art ogival et la période de la Renaissance ont ajouté deux étages, ainsi qu'un couronnenment absolument indigne du monument qu'il domine.

    Cognac

    Le quatorzième siècle a remplacé les voûtes à coupoles par des voûtes d'arête et l'abside primitive, par un long sanctuaire, ajouré à l'orient d'une large baie rayonnante à quatre compartiments. Le seizième siècle a ajouté les deux bas-côtés et les chapelles, qui font de cette église le plus vaste édifice du diocèse.La construction de la chapelle, qui ouvre sur le bas-côté du midi, est due aux religieuses bénédictines, dont le prieuré se substitua à celui de Saint-Léger. Le mobilier de l'église Saint-Léger est d'une splendeur digne de la ville de Cognac. Quatre cloches superbes donnent un magnifique carillon. Le chemin de croix, la chaire, les orgues, les ornements du choeur, les verrières, les peintures murales et les autels font de ce sanctuaire comme un musée d'art chrétien. Saint-Léger est bien l'église d'une des villes les plus riches du monde.

    Ajoutons que l'église Saint-Léger fut célèbre par les différents conciles qui s'y tinrent au treizième siècle. Le premier de ces conciles eut lieu en 1238 et fut présidé par Gérard de Malemort, archevêque de Bordeaux. Deux autres conciles, présidés par Pierre de Roncevaux, également archevêque de Bordeaux, furent encore tenus dans l'église Saint-Léger, en 1260 et en 1262.L'un des articles adoptés dans ce dernier concile, enjoignait aux châtelains de saisir les biens des excommuniés, afin de les obliger à rentrer dans le sein de l'église.Jusqu'en 1827, la petite église Saint-Martin, située dans le faubourg de ce nom, fut une annexe de Saint-Léger ; mais, à cette époque, elle devint paroissiale. C'est un petit monument roman de la fin du douzième siècle, avec triplet à l'abside.

    La porte est encadrée entre deux édicules, qui sont probablement des tombeaux. Cette église étant insuffisante et trop excentrique, on a commencé dans la rue de Bellefonds, la construction d'un nouveau centre paroissial, monument de vastes proportions, qui ne possède encore qu'une nef de style ogival primaire.L'église Saint-Jacques est un gracieux édifice, de construction récente, mais de proportions trop réduites pour un faubourg aussi populeux. Enfin une quatrième église, de date encore plus récente, a été élevée dans le faubourg de Cagouillet. Les proportions en sont fort vastes, et donnent à cette enceinte un trait de parenté avec les basiliques italiennes.Le plus remarquable des monuments modernes est le nouvel hôtel de ville, édifié au milieu d'un beau parc. La sous-préfecture et le palais de justice se font vis-à-vis et sont séparés par un joli square.Citons enfin le Collège, magnifique établissement, l'un des plus importants de l'Académie de Poitier.

    Documentations :  Historique et communale de la Charente par J. Martin-Buchey Ancien professeur d'Histoire 1914-1917.