• Cognac

     

     Cognac

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    Cognac est la ville la plus connue du monde entier, grâce à la liqueur merveilleuse qu'elle exporte sur tous les points du globe, et pourtant son origine est des plus difficiles à établir. On ne sait, en effet, rien de bien précis sur cette ville avant le dixième siècle et l'on en est réduit aux conjectures.

    Ce que l'on peut supposer avec le plus de vraisemblance, c'est que l'origine de Cognac est postérieure à la période gallo-romaine et que cette ville eut pour premiers habitants la population des campagnes environnantes qui, ruinée par les invasions barbares du quatrième siècle, se réfugia sur le point culminant de la colline qui domine la Charente.En cet endroit, le fleuve décrit une courbe prononcée, qui forme un port naturel; aussi les habitants de Cognac s'adonnèrent-ils promptement à la navigation. Dès cette époque lointaine, les marais salants de la Saintonge existaient et leurs produits étaient recherchés au loin. Cognac dut donc être, dès les premiers temps, un centre de commerce important pour le sel, que ses bateliers allaient chercher sur les marais. Nous savons, en effet, que, longtemps avant le dixième siècle, cette ville faisait un trafic considérable de ce produit de première nécessité, qu'elle exportait en Angoumois, en poitou, dans le Limousin et jusqu'en Auvergne.

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    Peu à peu les transactions commerciales devinrent de plus en plus actives, Cognac prit une extension de plus en plus grande et, au dixième siècle, cette ville était, après Saintes, la principale de la Saintonge. Dès l'époque carolingienne, Cognac a dû avoir ses seigneurs particuliers, mais les premiers seigneurs qui nous soient réellement connus son Itier I et Arnaud, qui vivaient au commencement du onzième siècle. Ce sont eux qui, sur les conseils de leur oncle, Arnaud de Vitabre, évêque de Périgueux, fondèrent le prieuré de Saint-Léger. Vinrent ensuite Hélie et Itier II, fils d'Arnaud, puis Hélie de Chambarot, neveu d'Itier II. Ce dernier laissa son héritage à son fils, Bardon, qui fut un des plus remarquables parmi les seigneurs de Cognac. Ambitieux, jaloux de la puissance du comte d'Angoulême, Bardon n'hésita pas à soutenir la cause d'Aymar, qui disputait au comte Guillaume III Taillefer la possession du château d'Archiac. Ayant fait alliance avec Audoin de Barbezieux et plusieurs autres seigneurs de la contrée, il se porta bravement à la rencontre du comte d'Angoulême; mais il ne put empêcher ce dernier de reprendre la place, dont Aymar s'était induement emparé.

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    Cet échec ne le découragea pas. Une nouvelle ligue s"était formée contre Vulgrin II, fils et sucesseur de Guillaume, dans le but d'empêcher le comte d'Angoulême de reprendre le château de Montignac à Girard de Blaye, qui refusait de s'en dessaisir. Cette ligue comptait parmi ses adhérents Itier de Villebois, Geoffroi de Rancon, seigneur de Taillebourg, Hugues de Lusignan et de nombreux seigneurs du poitou.

    Bardon se joignit à eux et s'enferma dans le château que le comte d'Angoulême vint bientôt assièger. Malgré leur défense énergique, les assiègés ne purent se maintenir dans la place et durent l'abandonner à la faveur de la nuit.

    Prince aussi pieux que brave, Bardon avait pris part à la première croisade et assisté à la prise de Jérusalem. Il mourut vers 1137, laissant ses domaines à ses deux fils, Hélie et Itier III. Hélie étant mort, Itier III demeura seul possesseur de la seigneurie de Cognac. Redoutant, comme son père, la puissance croissante des comtes d'Angoulême, Itier se joignit à Foucaud d'Archiac et à Ramnulphe de Jarnac, dans l'expidition que ces seigneurs entreprirent contre Guillaume IV, fils de Vulgrin.

    Le Taillefer força les alliés à lever le siège de Châteauneuf et fit Ramnulphe prisonnier. Pour punir ce dernier, il lui ôta la terre de Jarnac, qu'il donna à Hélie Baudran, dont Itier de Cognac épousa la fille, Nobilie.

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    A la mort d'Itier, comme il ne laissait pas d'héritier, la terre de Cognac revint à son suzerain, Henri Plantagenet, roi d'Angleterre, qui céda la seigneurie de Cognac à Philippe, un de ses fils naturels, suivant certains chroniqueurs, un fils de Richard Coeur-de-Lion, suivant d'autres.

    Après la mort de Philippe, les rois d'Angleterre, Richard Coeur-de-Lion et Jean-sans-Terre, administrèrent directement la seigneurie de Cognac.

    Jean-sans-Terre avait épousé la fille du comte d'Angoulême, Isabelle Taillefer, qu'il avait enlevée à son premier fiancé, Hugues de Lusignan. Afin de se réconcilier avec un aussi puissant seigneur que l'était le sire de Lusignan et désireux de s'en faire un allié, le roi d'Angleterre lui promit la main de sa fille Jeanne, à laquelle il donnait pour dot les seigneuries de Cognac et de Merpins, et, comme il voulait gagner à sa cause les principaux seigneurs de notre contrée, il vint passer en Saintonge le printemps et une partie de l'été de l'année 1214; il habita le château de Cognac avec une suite nombreuse.

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    On sait comment, après la mort de Jean-sans-Terre, la comtesse-reine Isabelle revint en Angoumois et épousa son ancien fiancé, Hugues de Lusignan. Le roi d'Angleterre, Henri III, ne désaprouva pas ce mariage; mais demanda qu'on lui rendit les seigneuries de Cognac et de Merpins, qui devaient constituer la dot de sa soeur, Jeanne. Hugues de Lusignan et Isabelle ayant refusé de se dessaisir de ces seigneuries. Le roi d'Angleterre en appela au pape Honorius III , qui, par une bulle du 25 juin 1222, menaça d'excommunication les usurpateurs, s'ils ne redaient pas les châteaux de Cognac et de Merpins.

     Il  fallut se soumettre. Cependant, après la mort du roi de France, Louis VIII, lorsque les seigneurs de l'ouest et du midi, désireux de se soustraire à la tutelle royale, se furent révoltés contre l'autorité de la reine-mère, Blanche de Castille, le roi d'Angleterre, afin de se concilier l'amitié du comte d'Angoulême, qui, poussé par l'altière Isabelle, sétait mis à la tête des seigneurs révoltés, lui rendit les seigneuries de Cognac et de Merpins, avec la faculté de les transmettre à ses enfants.

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    C'est à partir de cette époque que ces seigneuries furent rattachées à la province d'Angoumois. Cette donation augmenta beaucoup l'étendue des domaines des comtes d'Angoulême. Il faut remarquer que, dans la donation consentie par le roi d'Angleterre, il est seulement question du château et non de la ville de Cognac. Il est donc vraisemblable que, dès cette époque tout en relevant de la seigneurie, la ville de Cognac n'en dépendait pas complètement et qu'elle avait une administration communale, s'exerçant par des magistrats spéciaux.

     

    Une lettre du roi Henri III à son représentant, Philippe d'Uletot, datée du 16 septembre 1220, nous apprend, du reste, que ces magistrats portaient le nom de Prud'hommes. La victoire du jeune roi Louis IX, à Taillebourg, brisa les résistances des grands vassaux ; le roi d'Angleterre, vaincu, fut obligé d'abandonner ses prétentions sur nos provinces et le comte d'Angoulême dut se réconcilier avec le roi de France.

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    Par leur testament du mois de mars 1242, Hugues de Lusignan et Isabelle partagèrent leurs immenses possessions entre leurs enfants et donnèrent les seigneuries de Cognac et de Merpins à leur second fils, Guy de Lusignan.La seigneurie de Jarnac étant dévolue à Geoffroy, frère puiné de Guy, une clause du testament stipula que si, pour une cause quelconque, Geoffroi venait à être inquiété dans la possession de sa part d'héritage, Guy devrait lui donner, à titre de compensation, cent livres de rente à prendre sur le port Saunier de Cognac. Cette dernière clause montre quelle était déjà l'importance du commerce du sel. Après la mort de sa mère ( 1245), Guy de Lusignan prit possession des châtellenies de Cognac et de Merpins.

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    A son retour en Angleterre, après la bataille de Taillebourg, le roi Henri III avait trouvé les barons anglais révoltés contre son autorité. Guy de Lusignan, à la tête de nombreux hommes d'armes, accourut au secours de son frère ; mais il ne put l'empêcher de subir une humiliante défaite.Il revint alors en France et s'occupa exclusivement de l'administration de ses domaines. Par la charte de 1262, il confirma les anciens privilèges dont jouissaient les habitants de Cognac.C'est à Guy de Lusignan que Cognac est redevable de l'enceinte fortifiée qui entourait l'ancienne ville. Cette enceinte, protégée par de larges et profonds fossés, était percée de plusieurs portes, qui donnaient accès dans la cité.

    L'une de ces portes, la plus forte,  dominait le pont qui unissait les deux rives de la Charente. Elle existe encore et les deux tours qui la flanquent ont longtemps servi de prison. Après la mort de Guy de Lusignan (1288), les seigneuries de Cognac et de Merpins revinrent à Hugues le Brun, comte d'Angoulême, qui les transmit à son frère Guy.Nous savons qu'après la mort de ce dernier (1308), le comté d'Angoulême et, avec lui, les seigneuries de Cognac et de Merpins furent réunis à la Couronne de France par le roi Philippe le Bel.

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    La famille de Lusignan avait conservé la possession de Cognac pendant près d'un siècle (1222-1308).

      Ce fut une période de prospérité pour la ville de Cognac. Grâce à la protection éclairée de ses seigneurs, son commerce se développa rapidement. La Charente fut rendue navigable jusqu'à Châteauneuf, ce qui facilita les transactions avec le haut pays et donna une nouvelle extension au commerce du sel. Les vins de la contrée étaient conduits à la Rochelle, où les vaisseaux anglais venaient les chercher pour les transporter en Angleterre. Aussi la population s'était-elle accrue dans de fortes proportions et la ville était -elle devenue une des plus riches de la contrée.

    Le roi Philippe le Bel attachait une grande importance à la possession de l'Angoumois ; aussi avait-il demandé, par une clause de son testament, que cette province ne fût jamais séparée de la Couronne. Ses sucesseurs ne tinrent aucun compte de cette recommandation et le roi Philippe V donna le comté d'Angoulême à sa nièce, Jeanne de Navarre, qu'il avait mariée à Philippe d'Evreux (1318).

    Cette princesse fit d'assez longs séjours à Cognac. Tout en laissant les habitants de cette ville jouir des privilèges qu'ils devaient à la charte de 1262, elle veillait attentivement à ses droits féodaux et exerçait notamment une surveillance active sur le port Saunier, afin d'empêcher la fraude.Un document de 1321 nous apprend comment Jean Morel, doyen des marchands de l'île d'Oléron, fut condanné à la confiscation d'un chargement de sel et à une forte amende, pour avoir déclaré une quantité de sel inférieure à celle qui contenait réellement le chargement.

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    La comtesse Jeanne mourut en 1349. L'année suivante, le roi Jean donna le comté d'Angoulême à son favori, Charles de la Cerda, qu'il fit également connétable de France.Peu satisfaits de voir le comté passer entre les mains d'un prince étranger, les habitants de Cognac réclamèrent alors au prince étranger, les habitants de Cognac réclamèrent alors au nouveau comte des privilèges de commune mieux définis que ceux qu'ils tenaient de la charte de Guy de Lusignan.Cette nouvelle charte communale leur fut consentie au mois de mai 1352. Non seulement elle leur confirmait leurs anciens privilèges, mais elle leur octroyait les franchises et les libertés, dont jouissaient alors un grand nombre de villes de France.

    Le corps de ville, auquel incombait l'administration de la cité, se composait, comme dans les autres communes, de conseillers, élus directement par la communauté, ayant à leur tête un maire, assisté par des échevins. Lors de son installation, le corps de ville devait prêter serment de fidélité au comte d'Angoulême et lui faire hommage d'un anneau d'or.Chaque année, les menbres de l'échevinage désignaient quatre candidats, parmi lesquels le sénéchal devait choisir le maire. Avant d'entrer en fonctions, le maire devait jurer défendre les intérêts du seigneur et ceux de ses sujets, de ne rien faire qui leur fût préjudiciable et de ne  convoquer aucune assemblée contre l'autorité du suzerain.La mairie était annuelle ; lorsque le maire mourait dans l'intervalle, on le remplaçait dans les mêmes formes.

    Pour l'établissement et la perception des impôts, la plus large liberté était laissé à l'administration municipale. << Elle pourra, dit la charte, établir des impôts, en percevoir le montant à la condition de les employer à la défense de la ville et de la banlieue, aux réparations des murailles, des ponts et à d'autres besoins d'utilité publique ; mais le maire et la communauté seront tenus d'en rendre compte tous les ans à notre sénéchal, ou à notre receveur, ou à tous autres les remplaçant >>.

    Toutefois cette charte stipulait certaines restrictions destinées à sauvegarder l'autorité du suzerain. Ainsi, lorsque la réunion du Corps de ville était annoncée au son de la cloche, si le sénéchal du comte ou son lieutenant pouvaient entendre cet appel, l'un ou l'autre devait assister à la délibération. S'ils étaient absents, l'assemblée pouvait se réunir, mais elle ne devait alors s'occuper que des affaires relatives au commerce.

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    La charte stipulait également que, s'il survenait quelques différends entre le suzerain et quelques menbres de la commune, << ni le maire, ni la communauté ne pourraient intervenir de leurs conseils, de leur argent et de leur influence, sous peine de perdre aussitôt leurs privilèges de commune, et que, si même ils voulaient en appeler au roi, ils ne le pourraient qu'avec son consentement >>.

    Le 10 juin 1352, Charles de la Cerda se rendi à Cognac pour y recevoir l'hommage-lige du maire pour la seigneurie de l'hôtel de ville et l'anneau d'or, signe de sa suzeraineté.Après la mort de Charles de la Cerda (1354), le roi Jean rattacha le comté d'Angoulême à la Couronne de France et plaça la ville de Cognac sous sa suzeraineté immédiate ; il confirma toutes les dispositions de la charte communale concédée par Charles de la Cerda.Cependant la désastreuse guerre de Cent ans était commencée mais ses conséquences ne s'étaient pas encore fait sentir bien vivement dans notre contrée, et, en 1351, le roi Jean avait pu venir à Cognac, où il avait été chaleureusement accueilli par la population.

    Peu de temps après, les Anglais envahirent la Saintonge et l'Angoumois, et le prince de Galles, par lettres-patentes du 8 janvier 1355, donna le château et la ville de Cognac à Jean de Grailly, captal de Buch, afin de le récompenser des services qu'il lui avait rendus dans la guerre de Gascogne. A cette donation s'ajoutaient le droit de haute et basse justice et tous les privilèges dont avaient joui les anciens seigneurs.

    Après la défaite de Poitiers (1356), le roi Jean , emmené en captivité en Angleterre, se vit obligé de signer le honteux traité de Brétigny, par lequel Cognac, avec tout l'Angoumois, fut livré aux Anglais. Cognac cessa alors de jouir des droits de commune, accordés par Charles de la Cerda, et toute l'administration fut concentrée entre les mains du captal de Buch.

    Cependant, après la mort du roi Jean, sous l'énergie impulsion du connétable Du Guesclin, la guerre avait recommencé sur tous les points. Le captal de Buch, vaincu et fait prisonnier à Cocherel (1364), avait recouvré sa liberté moyennant une forte rançon; mais, pris de nouveau les armes à la main devant Soubise (1372), il fut enfermé dans la tour du temple, à Paris, où il mourut en 1377.Effrayé des progrès que faisaient chaque jour les armées françaises, le prince de Galles s'enferma dans Cognac, où il appela à lui tous ses chefs de bandes, et, pour s'attacher les habitants de cette ville, il leur reconnut les franchises communales de la charte de 1352.

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     Lorsqu'il eut reçu les renforts importants amenés d'Angleterre par le duc de Lancastre, le prince Noir partit, avec toutes ses troupes, pour aller reprendre la ville de Limoges, qui avait ouvert ses portes au duc de Berry, et il ne revint à Cognac qu'après avoir mis à feu et à sang la malheureuse cité.Puis, malade et ne pouvant plus supporter les fatigues de la guerre, il revint mourir en Angleterre.

    Quelque temps après, le duc de Berry se présenta devant Cognac, à la tête de quelques troupes et investit la ville; puis, ayant reçu des renforts que lui amena le seigneur d'Ambleville, il attaqua vivement les murailles qui furent escaladées. La garnison anglaise fit sa soumission et son chef demeura prisonnier.

    Le 1er juin 1375, le duc de Berry fit son entrée solennelle à Cognac. Puis, habilement secondé par Renaud VI, sir de Pons, que le roi avait nommé gouverneur de la ville, ce prince parvint, en quelques années, à débarrasser le pays des bandes de pillards qui l'infestaient. La prise des châteaux de Bouteville et de Châteauneuf, qui servaient de points d'appui aux bandes anglaises, facilita beaucoup ces opérations.Le maréchal de Sancerre, qui succéda au duc de Berry, acheva son oeuvre et fit abattre les châteaux qui avaient servi de refuge aux ennemis, notamment ceux de Jarnac et de Bourg-Charente.

    Cognac avait beaucoup souffert pendant cette guerre. Au mépris des franchises communales, les Anglais s'étaient attribué la totalité des impôts, et le corps de ville n'existait plus.Cependant, à la faveur de la rivalité qui mettait aux prises les Armagnacs et les Bourguignons, les Anglais allaient bientôt envahir de nouveau notre pays.

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    Le comté d'Angoulême avait été donné en apanage à Louis d'Orléans, frère du roi. Ce dernier ayant été assassiné par les gens du duc de Bourgogne, son fils, Charles, avait appelé à son aide les Anglais, et, ne pouvant les payer, il avait dû leur livrer en otage son jeune frère, Jean, comte d'Angoulême.Profitant alors de nos discordes civiles, le roi d'Angleterre envahit la France, et, après la bataille d'Azincourt, qui coûta la vie aux plus nobles chevaliers de France, les Anglais se répandirent de nouveau dans nos campagnes.

    Pendant cette dernière partie de la guerre de Cent ans, Cognac fut continuellement sur le qui-vive, craignant chaque jour de retomber sous le joug des Anglais. Un complot fut ourdi, en 1416, par quelques habitants, et notamment par la corporation des bouchers, dans le but de livrer la ville aux ennemis.Ce complot échoua, mais la ville dut s'imposer de lourds sacrifices pour réparer et fortifier ses remparts.

    Ce fut seulement en 1444 que le comte Jean put revenir de captivité. Pour payer la rançon de cent mille écus qui lui était réclamée, il dut vendre son comté de Périgord au duc Jean de Bretagne.Dès son retour, le comte Jean rejoignit l'armée royale. Il aida le brave Dunois à chasser les Anglais des positions qu'ils tenaient encore en Guyenne et pris une grande part à la victoire de Castillon, qui mit fin à la guerre terrible qui avait désolé notre pays pendant plus de cent ans.

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    Il revint alors dans son comté d'Angoulême et se consacra entièrement à l'administration de ses domaines.Le comte Jean d'Angoulême qui, par ses vertus, mérita le nom de Jean le Bon, était le second fils de Louis d'Orléans et de Valentine Visconti. Il avait huit ans lorsqu'il fut emmené en Angleterre, où il resta prisonnier pendant trente-deux ans.Lorsque les Anglais eurent été définitivement chassés de France, le comte Jean s'employa à réparer les ruines accumulées par la guerre néfaste qui venait de finir. Il affectionnait tout particulièrement le séjour de Cognac. Le château étant en ruines et inhabitable, il le fit reconstruire et l'habita presque constamment, après son mariage avec Marguerite de Rohan.

    En 1446, il acheta de Pierre Bragier, seigneur de Brizambourg, la seigneurie de Bourg-Charente, qu'il paya six mille deux cents écus d'or, et il acquit de Jean de La Rochefoucauld les quatre quints de Châteauneuf.Prince pieux et équitable, il fit réparer les églises ravagées pendant la guerre, leur fit de grandes libéralités et releva de ses ruines la magnifique église abbatiale de Châtres.Le récit de toutes ses bonnes actions nopus entrainerait trop loin; nous en avons, du reste, cité quelques-unes, dans notre Précis historique. Il mourut, au château de Cognac, le 30 avril 1467, et demanda, par son testament, à être inhumé dans le choeur de la cathédrale d'Angoulême.

     

    Nous avons vu que, pendant la guerre de Cent ans, la charte de 1352 était tombée en désuédude et que les franchises communales avaient été abolies. Sous l'administration de comte Jean, la ville de Cognac continua à ne relever que de l'autorité seigneuriale. Mais, comme les habitants étaient traités avec bonté par leur seigneur, ils ne songeaient pas à faire revivre les franchises qu'ils avaient obtenues de Charles d'Espagne.Après la mort de son mari, Marguerite de Rohan continua d'habiter le château de Cognac, entourée de l'élite des seigneurs de la contrée. Elle administra le comté au nom de ses enfants et fit encore plusieurs acquisitions, parmi lesquelles nous citerons les terres de Salles et de Genté et de la baronnie de Montbron.Elle avait eu trois enfants, dont l'un, Louis, était mort à l'âge de trois ans. Sa fille, Jeanne, fut mariée à Charles de Coëtivy, et son fils, Charles, fut comte d'Angoulême.

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    Marguerite de Rohan mourut en 1495, au château de Cognac, vingt-huit ans après la mort du comte Jean, et fut inhumée près de lui dans la cathédrale d'Angoulême.Le jeune comte Charles avait été appelé près du roi Louis XI. Après avoir passé quelques années à la cour, il revint dans son comté et habita près de sa mère, au château de Cognac. En 1488, il épousa Louise de Savoie, fille du duc Philippe II de Savoie, qui apporta dans sa nouvelle patrie l'amour des lettres et des arts, ainsi que le goût du luxe et des plaisirs.

    Le château, tel que l'avait reconstruit le comte Jean, ne pouvait contenter l'amour du luxe de la nouvelle comtesse Aussi de nouvelles constructions furent édifiées, dans le goût de la renaissance, et une magnifique chapelle fut construite dans l'enceinte du château. Ce qui subsiste du château de Cognac appartient principalement aux constructions entreprises par Louise de Savoie.