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     Cognac

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    Cognac est la ville la plus connue du monde entier, grâce à la liqueur merveilleuse qu'elle exporte sur tous les points du globe, et pourtant son origine est des plus difficiles à établir. On ne sait, en effet, rien de bien précis sur cette ville avant le dixième siècle et l'on en est réduit aux conjectures.

    Ce que l'on peut supposer avec le plus de vraisemblance, c'est que l'origine de Cognac est postérieure à la période gallo-romaine et que cette ville eut pour premiers habitants la population des campagnes environnantes qui, ruinée par les invasions barbares du quatrième siècle, se réfugia sur le point culminant de la colline qui domine la Charente.En cet endroit, le fleuve décrit une courbe prononcée, qui forme un port naturel; aussi les habitants de Cognac s'adonnèrent-ils promptement à la navigation. Dès cette époque lointaine, les marais salants de la Saintonge existaient et leurs produits étaient recherchés au loin. Cognac dut donc être, dès les premiers temps, un centre de commerce important pour le sel, que ses bateliers allaient chercher sur les marais. Nous savons, en effet, que, longtemps avant le dixième siècle, cette ville faisait un trafic considérable de ce produit de première nécessité, qu'elle exportait en Angoumois, en poitou, dans le Limousin et jusqu'en Auvergne.

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    Peu à peu les transactions commerciales devinrent de plus en plus actives, Cognac prit une extension de plus en plus grande et, au dixième siècle, cette ville était, après Saintes, la principale de la Saintonge. Dès l'époque carolingienne, Cognac a dû avoir ses seigneurs particuliers, mais les premiers seigneurs qui nous soient réellement connus son Itier I et Arnaud, qui vivaient au commencement du onzième siècle. Ce sont eux qui, sur les conseils de leur oncle, Arnaud de Vitabre, évêque de Périgueux, fondèrent le prieuré de Saint-Léger. Vinrent ensuite Hélie et Itier II, fils d'Arnaud, puis Hélie de Chambarot, neveu d'Itier II. Ce dernier laissa son héritage à son fils, Bardon, qui fut un des plus remarquables parmi les seigneurs de Cognac. Ambitieux, jaloux de la puissance du comte d'Angoulême, Bardon n'hésita pas à soutenir la cause d'Aymar, qui disputait au comte Guillaume III Taillefer la possession du château d'Archiac. Ayant fait alliance avec Audoin de Barbezieux et plusieurs autres seigneurs de la contrée, il se porta bravement à la rencontre du comte d'Angoulême; mais il ne put empêcher ce dernier de reprendre la place, dont Aymar s'était induement emparé.

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    Cet échec ne le découragea pas. Une nouvelle ligue s"était formée contre Vulgrin II, fils et sucesseur de Guillaume, dans le but d'empêcher le comte d'Angoulême de reprendre le château de Montignac à Girard de Blaye, qui refusait de s'en dessaisir. Cette ligue comptait parmi ses adhérents Itier de Villebois, Geoffroi de Rancon, seigneur de Taillebourg, Hugues de Lusignan et de nombreux seigneurs du poitou.

    Bardon se joignit à eux et s'enferma dans le château que le comte d'Angoulême vint bientôt assièger. Malgré leur défense énergique, les assiègés ne purent se maintenir dans la place et durent l'abandonner à la faveur de la nuit.

    Prince aussi pieux que brave, Bardon avait pris part à la première croisade et assisté à la prise de Jérusalem. Il mourut vers 1137, laissant ses domaines à ses deux fils, Hélie et Itier III. Hélie étant mort, Itier III demeura seul possesseur de la seigneurie de Cognac. Redoutant, comme son père, la puissance croissante des comtes d'Angoulême, Itier se joignit à Foucaud d'Archiac et à Ramnulphe de Jarnac, dans l'expidition que ces seigneurs entreprirent contre Guillaume IV, fils de Vulgrin.

    Le Taillefer força les alliés à lever le siège de Châteauneuf et fit Ramnulphe prisonnier. Pour punir ce dernier, il lui ôta la terre de Jarnac, qu'il donna à Hélie Baudran, dont Itier de Cognac épousa la fille, Nobilie.

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    A la mort d'Itier, comme il ne laissait pas d'héritier, la terre de Cognac revint à son suzerain, Henri Plantagenet, roi d'Angleterre, qui céda la seigneurie de Cognac à Philippe, un de ses fils naturels, suivant certains chroniqueurs, un fils de Richard Coeur-de-Lion, suivant d'autres.

    Après la mort de Philippe, les rois d'Angleterre, Richard Coeur-de-Lion et Jean-sans-Terre, administrèrent directement la seigneurie de Cognac.

    Jean-sans-Terre avait épousé la fille du comte d'Angoulême, Isabelle Taillefer, qu'il avait enlevée à son premier fiancé, Hugues de Lusignan. Afin de se réconcilier avec un aussi puissant seigneur que l'était le sire de Lusignan et désireux de s'en faire un allié, le roi d'Angleterre lui promit la main de sa fille Jeanne, à laquelle il donnait pour dot les seigneuries de Cognac et de Merpins, et, comme il voulait gagner à sa cause les principaux seigneurs de notre contrée, il vint passer en Saintonge le printemps et une partie de l'été de l'année 1214; il habita le château de Cognac avec une suite nombreuse.

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    On sait comment, après la mort de Jean-sans-Terre, la comtesse-reine Isabelle revint en Angoumois et épousa son ancien fiancé, Hugues de Lusignan. Le roi d'Angleterre, Henri III, ne désaprouva pas ce mariage; mais demanda qu'on lui rendit les seigneuries de Cognac et de Merpins, qui devaient constituer la dot de sa soeur, Jeanne. Hugues de Lusignan et Isabelle ayant refusé de se dessaisir de ces seigneuries. Le roi d'Angleterre en appela au pape Honorius III , qui, par une bulle du 25 juin 1222, menaça d'excommunication les usurpateurs, s'ils ne redaient pas les châteaux de Cognac et de Merpins.

     Il  fallut se soumettre. Cependant, après la mort du roi de France, Louis VIII, lorsque les seigneurs de l'ouest et du midi, désireux de se soustraire à la tutelle royale, se furent révoltés contre l'autorité de la reine-mère, Blanche de Castille, le roi d'Angleterre, afin de se concilier l'amitié du comte d'Angoulême, qui, poussé par l'altière Isabelle, sétait mis à la tête des seigneurs révoltés, lui rendit les seigneuries de Cognac et de Merpins, avec la faculté de les transmettre à ses enfants.

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    C'est à partir de cette époque que ces seigneuries furent rattachées à la province d'Angoumois. Cette donation augmenta beaucoup l'étendue des domaines des comtes d'Angoulême. Il faut remarquer que, dans la donation consentie par le roi d'Angleterre, il est seulement question du château et non de la ville de Cognac. Il est donc vraisemblable que, dès cette époque tout en relevant de la seigneurie, la ville de Cognac n'en dépendait pas complètement et qu'elle avait une administration communale, s'exerçant par des magistrats spéciaux.

     

    Une lettre du roi Henri III à son représentant, Philippe d'Uletot, datée du 16 septembre 1220, nous apprend, du reste, que ces magistrats portaient le nom de Prud'hommes. La victoire du jeune roi Louis IX, à Taillebourg, brisa les résistances des grands vassaux ; le roi d'Angleterre, vaincu, fut obligé d'abandonner ses prétentions sur nos provinces et le comte d'Angoulême dut se réconcilier avec le roi de France.

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    Par leur testament du mois de mars 1242, Hugues de Lusignan et Isabelle partagèrent leurs immenses possessions entre leurs enfants et donnèrent les seigneuries de Cognac et de Merpins à leur second fils, Guy de Lusignan.La seigneurie de Jarnac étant dévolue à Geoffroy, frère puiné de Guy, une clause du testament stipula que si, pour une cause quelconque, Geoffroi venait à être inquiété dans la possession de sa part d'héritage, Guy devrait lui donner, à titre de compensation, cent livres de rente à prendre sur le port Saunier de Cognac. Cette dernière clause montre quelle était déjà l'importance du commerce du sel. Après la mort de sa mère ( 1245), Guy de Lusignan prit possession des châtellenies de Cognac et de Merpins.

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    A son retour en Angleterre, après la bataille de Taillebourg, le roi Henri III avait trouvé les barons anglais révoltés contre son autorité. Guy de Lusignan, à la tête de nombreux hommes d'armes, accourut au secours de son frère ; mais il ne put l'empêcher de subir une humiliante défaite.Il revint alors en France et s'occupa exclusivement de l'administration de ses domaines. Par la charte de 1262, il confirma les anciens privilèges dont jouissaient les habitants de Cognac.C'est à Guy de Lusignan que Cognac est redevable de l'enceinte fortifiée qui entourait l'ancienne ville. Cette enceinte, protégée par de larges et profonds fossés, était percée de plusieurs portes, qui donnaient accès dans la cité.

    L'une de ces portes, la plus forte,  dominait le pont qui unissait les deux rives de la Charente. Elle existe encore et les deux tours qui la flanquent ont longtemps servi de prison. Après la mort de Guy de Lusignan (1288), les seigneuries de Cognac et de Merpins revinrent à Hugues le Brun, comte d'Angoulême, qui les transmit à son frère Guy.Nous savons qu'après la mort de ce dernier (1308), le comté d'Angoulême et, avec lui, les seigneuries de Cognac et de Merpins furent réunis à la Couronne de France par le roi Philippe le Bel.

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    La famille de Lusignan avait conservé la possession de Cognac pendant près d'un siècle (1222-1308).

      Ce fut une période de prospérité pour la ville de Cognac. Grâce à la protection éclairée de ses seigneurs, son commerce se développa rapidement. La Charente fut rendue navigable jusqu'à Châteauneuf, ce qui facilita les transactions avec le haut pays et donna une nouvelle extension au commerce du sel. Les vins de la contrée étaient conduits à la Rochelle, où les vaisseaux anglais venaient les chercher pour les transporter en Angleterre. Aussi la population s'était-elle accrue dans de fortes proportions et la ville était -elle devenue une des plus riches de la contrée.

    Le roi Philippe le Bel attachait une grande importance à la possession de l'Angoumois ; aussi avait-il demandé, par une clause de son testament, que cette province ne fût jamais séparée de la Couronne. Ses sucesseurs ne tinrent aucun compte de cette recommandation et le roi Philippe V donna le comté d'Angoulême à sa nièce, Jeanne de Navarre, qu'il avait mariée à Philippe d'Evreux (1318).

    Cette princesse fit d'assez longs séjours à Cognac. Tout en laissant les habitants de cette ville jouir des privilèges qu'ils devaient à la charte de 1262, elle veillait attentivement à ses droits féodaux et exerçait notamment une surveillance active sur le port Saunier, afin d'empêcher la fraude.Un document de 1321 nous apprend comment Jean Morel, doyen des marchands de l'île d'Oléron, fut condanné à la confiscation d'un chargement de sel et à une forte amende, pour avoir déclaré une quantité de sel inférieure à celle qui contenait réellement le chargement.

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    La comtesse Jeanne mourut en 1349. L'année suivante, le roi Jean donna le comté d'Angoulême à son favori, Charles de la Cerda, qu'il fit également connétable de France.Peu satisfaits de voir le comté passer entre les mains d'un prince étranger, les habitants de Cognac réclamèrent alors au prince étranger, les habitants de Cognac réclamèrent alors au nouveau comte des privilèges de commune mieux définis que ceux qu'ils tenaient de la charte de Guy de Lusignan.Cette nouvelle charte communale leur fut consentie au mois de mai 1352. Non seulement elle leur confirmait leurs anciens privilèges, mais elle leur octroyait les franchises et les libertés, dont jouissaient alors un grand nombre de villes de France.

    Le corps de ville, auquel incombait l'administration de la cité, se composait, comme dans les autres communes, de conseillers, élus directement par la communauté, ayant à leur tête un maire, assisté par des échevins. Lors de son installation, le corps de ville devait prêter serment de fidélité au comte d'Angoulême et lui faire hommage d'un anneau d'or.Chaque année, les menbres de l'échevinage désignaient quatre candidats, parmi lesquels le sénéchal devait choisir le maire. Avant d'entrer en fonctions, le maire devait jurer défendre les intérêts du seigneur et ceux de ses sujets, de ne rien faire qui leur fût préjudiciable et de ne  convoquer aucune assemblée contre l'autorité du suzerain.La mairie était annuelle ; lorsque le maire mourait dans l'intervalle, on le remplaçait dans les mêmes formes.

    Pour l'établissement et la perception des impôts, la plus large liberté était laissé à l'administration municipale. << Elle pourra, dit la charte, établir des impôts, en percevoir le montant à la condition de les employer à la défense de la ville et de la banlieue, aux réparations des murailles, des ponts et à d'autres besoins d'utilité publique ; mais le maire et la communauté seront tenus d'en rendre compte tous les ans à notre sénéchal, ou à notre receveur, ou à tous autres les remplaçant >>.

    Toutefois cette charte stipulait certaines restrictions destinées à sauvegarder l'autorité du suzerain. Ainsi, lorsque la réunion du Corps de ville était annoncée au son de la cloche, si le sénéchal du comte ou son lieutenant pouvaient entendre cet appel, l'un ou l'autre devait assister à la délibération. S'ils étaient absents, l'assemblée pouvait se réunir, mais elle ne devait alors s'occuper que des affaires relatives au commerce.

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    La charte stipulait également que, s'il survenait quelques différends entre le suzerain et quelques menbres de la commune, << ni le maire, ni la communauté ne pourraient intervenir de leurs conseils, de leur argent et de leur influence, sous peine de perdre aussitôt leurs privilèges de commune, et que, si même ils voulaient en appeler au roi, ils ne le pourraient qu'avec son consentement >>.

    Le 10 juin 1352, Charles de la Cerda se rendi à Cognac pour y recevoir l'hommage-lige du maire pour la seigneurie de l'hôtel de ville et l'anneau d'or, signe de sa suzeraineté.Après la mort de Charles de la Cerda (1354), le roi Jean rattacha le comté d'Angoulême à la Couronne de France et plaça la ville de Cognac sous sa suzeraineté immédiate ; il confirma toutes les dispositions de la charte communale concédée par Charles de la Cerda.Cependant la désastreuse guerre de Cent ans était commencée mais ses conséquences ne s'étaient pas encore fait sentir bien vivement dans notre contrée, et, en 1351, le roi Jean avait pu venir à Cognac, où il avait été chaleureusement accueilli par la population.

    Peu de temps après, les Anglais envahirent la Saintonge et l'Angoumois, et le prince de Galles, par lettres-patentes du 8 janvier 1355, donna le château et la ville de Cognac à Jean de Grailly, captal de Buch, afin de le récompenser des services qu'il lui avait rendus dans la guerre de Gascogne. A cette donation s'ajoutaient le droit de haute et basse justice et tous les privilèges dont avaient joui les anciens seigneurs.

    Après la défaite de Poitiers (1356), le roi Jean , emmené en captivité en Angleterre, se vit obligé de signer le honteux traité de Brétigny, par lequel Cognac, avec tout l'Angoumois, fut livré aux Anglais. Cognac cessa alors de jouir des droits de commune, accordés par Charles de la Cerda, et toute l'administration fut concentrée entre les mains du captal de Buch.

    Cependant, après la mort du roi Jean, sous l'énergie impulsion du connétable Du Guesclin, la guerre avait recommencé sur tous les points. Le captal de Buch, vaincu et fait prisonnier à Cocherel (1364), avait recouvré sa liberté moyennant une forte rançon; mais, pris de nouveau les armes à la main devant Soubise (1372), il fut enfermé dans la tour du temple, à Paris, où il mourut en 1377.Effrayé des progrès que faisaient chaque jour les armées françaises, le prince de Galles s'enferma dans Cognac, où il appela à lui tous ses chefs de bandes, et, pour s'attacher les habitants de cette ville, il leur reconnut les franchises communales de la charte de 1352.

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     Lorsqu'il eut reçu les renforts importants amenés d'Angleterre par le duc de Lancastre, le prince Noir partit, avec toutes ses troupes, pour aller reprendre la ville de Limoges, qui avait ouvert ses portes au duc de Berry, et il ne revint à Cognac qu'après avoir mis à feu et à sang la malheureuse cité.Puis, malade et ne pouvant plus supporter les fatigues de la guerre, il revint mourir en Angleterre.

    Quelque temps après, le duc de Berry se présenta devant Cognac, à la tête de quelques troupes et investit la ville; puis, ayant reçu des renforts que lui amena le seigneur d'Ambleville, il attaqua vivement les murailles qui furent escaladées. La garnison anglaise fit sa soumission et son chef demeura prisonnier.

    Le 1er juin 1375, le duc de Berry fit son entrée solennelle à Cognac. Puis, habilement secondé par Renaud VI, sir de Pons, que le roi avait nommé gouverneur de la ville, ce prince parvint, en quelques années, à débarrasser le pays des bandes de pillards qui l'infestaient. La prise des châteaux de Bouteville et de Châteauneuf, qui servaient de points d'appui aux bandes anglaises, facilita beaucoup ces opérations.Le maréchal de Sancerre, qui succéda au duc de Berry, acheva son oeuvre et fit abattre les châteaux qui avaient servi de refuge aux ennemis, notamment ceux de Jarnac et de Bourg-Charente.

    Cognac avait beaucoup souffert pendant cette guerre. Au mépris des franchises communales, les Anglais s'étaient attribué la totalité des impôts, et le corps de ville n'existait plus.Cependant, à la faveur de la rivalité qui mettait aux prises les Armagnacs et les Bourguignons, les Anglais allaient bientôt envahir de nouveau notre pays.

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    Le comté d'Angoulême avait été donné en apanage à Louis d'Orléans, frère du roi. Ce dernier ayant été assassiné par les gens du duc de Bourgogne, son fils, Charles, avait appelé à son aide les Anglais, et, ne pouvant les payer, il avait dû leur livrer en otage son jeune frère, Jean, comte d'Angoulême.Profitant alors de nos discordes civiles, le roi d'Angleterre envahit la France, et, après la bataille d'Azincourt, qui coûta la vie aux plus nobles chevaliers de France, les Anglais se répandirent de nouveau dans nos campagnes.

    Pendant cette dernière partie de la guerre de Cent ans, Cognac fut continuellement sur le qui-vive, craignant chaque jour de retomber sous le joug des Anglais. Un complot fut ourdi, en 1416, par quelques habitants, et notamment par la corporation des bouchers, dans le but de livrer la ville aux ennemis.Ce complot échoua, mais la ville dut s'imposer de lourds sacrifices pour réparer et fortifier ses remparts.

    Ce fut seulement en 1444 que le comte Jean put revenir de captivité. Pour payer la rançon de cent mille écus qui lui était réclamée, il dut vendre son comté de Périgord au duc Jean de Bretagne.Dès son retour, le comte Jean rejoignit l'armée royale. Il aida le brave Dunois à chasser les Anglais des positions qu'ils tenaient encore en Guyenne et pris une grande part à la victoire de Castillon, qui mit fin à la guerre terrible qui avait désolé notre pays pendant plus de cent ans.

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    Il revint alors dans son comté d'Angoulême et se consacra entièrement à l'administration de ses domaines.Le comte Jean d'Angoulême qui, par ses vertus, mérita le nom de Jean le Bon, était le second fils de Louis d'Orléans et de Valentine Visconti. Il avait huit ans lorsqu'il fut emmené en Angleterre, où il resta prisonnier pendant trente-deux ans.Lorsque les Anglais eurent été définitivement chassés de France, le comte Jean s'employa à réparer les ruines accumulées par la guerre néfaste qui venait de finir. Il affectionnait tout particulièrement le séjour de Cognac. Le château étant en ruines et inhabitable, il le fit reconstruire et l'habita presque constamment, après son mariage avec Marguerite de Rohan.

    En 1446, il acheta de Pierre Bragier, seigneur de Brizambourg, la seigneurie de Bourg-Charente, qu'il paya six mille deux cents écus d'or, et il acquit de Jean de La Rochefoucauld les quatre quints de Châteauneuf.Prince pieux et équitable, il fit réparer les églises ravagées pendant la guerre, leur fit de grandes libéralités et releva de ses ruines la magnifique église abbatiale de Châtres.Le récit de toutes ses bonnes actions nopus entrainerait trop loin; nous en avons, du reste, cité quelques-unes, dans notre Précis historique. Il mourut, au château de Cognac, le 30 avril 1467, et demanda, par son testament, à être inhumé dans le choeur de la cathédrale d'Angoulême.

     

    Nous avons vu que, pendant la guerre de Cent ans, la charte de 1352 était tombée en désuédude et que les franchises communales avaient été abolies. Sous l'administration de comte Jean, la ville de Cognac continua à ne relever que de l'autorité seigneuriale. Mais, comme les habitants étaient traités avec bonté par leur seigneur, ils ne songeaient pas à faire revivre les franchises qu'ils avaient obtenues de Charles d'Espagne.Après la mort de son mari, Marguerite de Rohan continua d'habiter le château de Cognac, entourée de l'élite des seigneurs de la contrée. Elle administra le comté au nom de ses enfants et fit encore plusieurs acquisitions, parmi lesquelles nous citerons les terres de Salles et de Genté et de la baronnie de Montbron.Elle avait eu trois enfants, dont l'un, Louis, était mort à l'âge de trois ans. Sa fille, Jeanne, fut mariée à Charles de Coëtivy, et son fils, Charles, fut comte d'Angoulême.

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    Marguerite de Rohan mourut en 1495, au château de Cognac, vingt-huit ans après la mort du comte Jean, et fut inhumée près de lui dans la cathédrale d'Angoulême.Le jeune comte Charles avait été appelé près du roi Louis XI. Après avoir passé quelques années à la cour, il revint dans son comté et habita près de sa mère, au château de Cognac. En 1488, il épousa Louise de Savoie, fille du duc Philippe II de Savoie, qui apporta dans sa nouvelle patrie l'amour des lettres et des arts, ainsi que le goût du luxe et des plaisirs.

    Le château, tel que l'avait reconstruit le comte Jean, ne pouvait contenter l'amour du luxe de la nouvelle comtesse Aussi de nouvelles constructions furent édifiées, dans le goût de la renaissance, et une magnifique chapelle fut construite dans l'enceinte du château. Ce qui subsiste du château de Cognac appartient principalement aux constructions entreprises par Louise de Savoie.

     

     


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    Cognac

    Le comte Charles avait à peu près les mêmes goûts que son père. Il aimait beaucoup les lettres et il enrichit la bibliothèque du château de manuscrits précieux. Il s'occupait activement de l'administration de son comté, auquel il ajouta, par acquisition, les seigneuries du Solençon et de Tourteron. Pendant ce temps, sa jeune épouse, entourée de l'élite de la noblesse et des meilleurs écrivains, menait au château de Cognac une vie de plaisirs et de luxe.Le comte Charles mourut à Châteauneuf, d'une maladie de langueur, le 1er janvier 1496, laissant deux enfants: Marguerite d'Angoulême, née au château d'Angoulême le 11 avril 1492, et François, le futur roi de France, né à Cognac le 12 septembre 1494.

    Après la mort du comte Charles, le duc d'Orléans, craignant que les goûts luxueux de la jeune veuve ne lui permissent pas d'administrer, avec tout le soin voulu, le bien de ses enfants, réclama, en qualité de chef de la famille, la tutelle de ces derniers. Le parlement repoussa cette prétention ; mais il reconnut au duc le titre de tuteur honoraire et imposa à Louise de Savoie l'obligation d'obtenir son consentement, lorsqu'il s'agirait d'un acte important.Cependant, la comtesse d'Angoulême ne négligea point les intérêts de ses enfants, et son amour du luxe ne l'empêcha pas de surveiller, avec le plus grand soin, l'administration de ses domaines.

     Le séjour des Valois au château de Cognac attirait dans cette ville, non seulement les nobles seigneurs et les artistes qui fréquentaient la petite cour de Louise de Savoie, mais aussi de nombreux étrangers. Le commerce de la ville s'en ressentait et devenait de plus en plus actif ; aussi la ville de Cognac prenait-elle une importance de plus en plus grande.Les bourgeois crurent alors le moment favorable pour recouvrer leurs anciennes franchises communales et portèrent leurs doléances aux pieds de Louise de Savoie. Cette dernière se montra favorable aux désirs de la population ; par lettres-patentes du 16 avril 1507, elle accorda à la ville de Cognac une nouvelle charte communale, qui reproduisait les principales dispositions de la charte de 1352.

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    Le corps de ville devait se composer de ving-quatre menbres, dont douze avaient le titre d'échevins, et les douze autres de conseillers.Pour la première fois, ces magistrats furent nommés par Louise de Savoie, qui compose l'échevinage d'hommes déjà connus par leur dévouement au bien public. Lorsqu'une vacance venait à se produire, le nouveau conseiller était élu par les autres menbres du corps de la ville.Tous les ans, le lendemain de Noël, les échevins et les conseillers se réunissaient et choississaient parmi eux un candidat aux fonctions de maire. Ce dernier était alors présenté au comte d'Angoulême, qui recevait son serment.Louise de Savoie ne quittait guère le château de Cognac. Elle ne s'en absentait que lorsque ses intérêts l'appelaient à Amboise, près du roi, qui était alors Louis XII, l'oncle de ses enfants. Son jeune fils, François, demeurait plus souvent à la cour, où le retenait sa qualité d'héritier du trône.

    François revint à Cognac en 1514 et y fut reçu en grande pompe par toute la noblesse de la Saintonge et de l'Angoumois, et par toute la population ; mais son séjour ne put être de longue durée. La mort de la reine Anne de Bretagne le rappela à la cour, et, quelques jours après son retour, il épousait la fille du roi, Claude de France.Le 1er janvier 1515, le comte d'Angoulême montait sur le trône de France, à l'âge de ving-et-un ans.Le nouveau roi n'oublia pas sa ville natale. Un de ses premiers actes fut de l'exempter de tous les impôts qui seraient levés sur le comté d'Angoulême, pour frais de guerre ou pour l'entretien des armées, et de confirmer l'institution du corps de ville établi par sa mère.

    Cognac

    Cette même année, la ville de Cognac fut grandement éprouvée par une violente épidémie de peste, qui fit de grands ravages, et par une grande disette, causée par l'intempérie des saisons et par les débordements des cours d'eau.Le règne de François 1er fut une époque de grande prospérité pour la ville de Cognac. Les nombreux séjours qu'il fit dans sa ville natale, avec toute sa cour, les privilèges considérables qu'il concéda aux habitants donnèrent une vive impulsion au commerce, qui prit une très grande extension.D'ailleurs, Louise de Savoie, devenue duchesse d'Angoulême, se montra de plus en plus dévouée aux intérêts de la cité, qu'elle affectionnait plus qu'aucune autre. D'importants changements furent apportés au château : les épaisses murailles qui l'entouraient de toutes parts, et les tours crénelées qui en assuraient la défense, furent abattues et le sombre manoir féodal fit place à une élégante construction de la Renaissance.

    Les premiers séjours du roi à Cognac eurent lieu en 1519 et en 1522. Il était accompagné de l'élite de sa noblesse. A cette occasion, de grandes fêtes eurent lieu au château de Cognac. Le 13 mars 1522, en présence de la mère et de la soeur du roi, plusieurs seigneurs, qui s'apprêtaient à le suivre en Italie, reçurent de ses mains les insignes de la Chevalerie.On connait les résultats désastreux de la campagne d'Italie: l'armée française fut mise en déroute à Pavie et le roi, fait prisonnier, fut emmené en captivité à Madrid. On sait également comment, afin de recouvrer sa liberté. François Ier fut obligé de signer, avec Charles-Quint, le traité de Madrid, par lequel la Bourgogne était abandonnée à l'Empereur.Aussitôt libre, le roi accourut à Cognac où l'attendait une cour nombreuse. C'est là que se trouvaient les envoyés de Charles-Quint, venus pour le sommer d'exécuter les clauses du traité de Madrid.

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    Pour toute réponse, le roi reçut, en leur présence, les députés de la Bourgogne venant déclarer que cette province refusait de se séparer de la Couronne de France. De plus, une assemblée de notables, réunie à Cognac, déclara que le roi ne pouvait disposer des provinces du royaume sans le consentement de la nation. C'est également pendant ce séjour du roi que fut conclue, avec les ambassadeurs du pape, du roi d'Angleterre et de divers états de l'Allemagne et de l'Italie, la ligue de Cognac, destinée à mettre un terme aux projets ambitieux de l'Empereur (22 mai 1526). François 1er ayant refusé d'exécuter les clauses du traité de Madrid, la guerre recommença et se continua avec des alternatives de succès et de revers jusqu'au traité de Cambrai (1529).

    Par une clause de ce traité, le roi de France s'engageait à épouser la soeur de l'empereur Charles-Quint, Eléonore d'Autriche. La nouvelle reine arriva à Angoulême le 22 juillet 1530. Elle y fut rejointe le lendemain par le roi qui la conduisit à Cognac. Cette ville lui fit une réception magnifique et son séjour fut l'occasion de fêtes de toutes sortes : chasses dans les forêts, pêches dans la Charente, tournois et passes d'armes dans la grande cour du château.Lors de l'entrée de la reine à Cognac, afin d'éviter les rues étroites et tortueuses de la vieille cité, le roi avait fait diriger le cortège en dehors des remparts, en le rapprochant des jardins et de la hauteur du parc. La route suivie a gardé, jusqu'à une époque assez récente, le nom de chemin de la reine.Cependant, le corps de ville, réorganisé par Louise de Savoie, ne restait par inactif et, pendant le règne de François 1er, d'importants travaux furent exécutés. Les routes qui rayonnaient autour de la ville furent réparées; certains chemins furent pavés ; le pont de Saint-Sulpice, sur l'Antenne, fut reconstruit et le pont en bois de Soubérac, qui tombait de vétusté, fut remplacé par un pont en pierre.

    Cognac

    Toutes ces améliorations facilitaient grandement les transactions commerciales. Aussi, à la mort de François 1er, la ville de Cognac jouissait-elle d'une grande prospérité.Après la mort de Louise de Savoie, Cognac, ainsi que le reste du duché d'Angoulême, fut définitivement réuni à la Couronne de France. A partir de cette époque, il fut souvent donné en apanage ; mais les apanagistes n'y résidèrent jamais et la plupart d'entre eux n'y mirent même jamais les pieds.Cognac étant le grand entrepôt de sel de la région, il n'est pas surprenant que cette ville ait été mêlée au mouvement insurrectionnel de 1548. Nous avons raconté, dans notre précis historique, les phases diverses de cette insurrection ; nous n'avons donc pas à y revenir. Mais nous devons consacrer quelques lignes aux querelles religieux auxquelles la ville de Cognac fut souvent mêlée.

    La religion protestante trouva de nombreux adeptes parmi la riche bourgeoisie de Cognac, et cette ville est une des premières qui ait eu une église réformée. Dès le mois de novembre 1558, à la suite des prédications de François Boisnormand et de Vignaux, quelques exaltés brisèrent une image de la vierge placée au portail de l'église Saint-Léger, et l'année suivante, les esprits étaient tellement surexcités, que le lieutenant de la ville et le procureur du roi durent faire appel au gouverneur de l'Angoumois, Prévost de Sansac, pour faire respecter leur autorité méconnue.Lorsque, sous le règne de François II, les passions religieuses se furent déchaînées dans tout le royaume, Pierre de Montalembert, gouverneur de Cognac, réussit pourtant à maintenir l'ordre dans la ville ; il put assurer le libre exercice du culte catholique et obligea les protestants à s'abstenir de toutes manifestations politiques.

    Cognac

    Cependant, les passions étaient trop vivement surexcitées, de part et d'autre, pour que les tentatives de conciliation, entreprises par le chancelier de l'hôpital, pussent avoir une chance de réussir ; la guerre civile était inévitable.Le signal en fut donné par le massacre des protestants à Vassy. Tout d'abord, les catholiques et les protestants s'entendirent, à Cognac, pour garder la ville et en interdire l'entrée à toute troupe armée, qu'elle fût catholique ou protestante. Mais la présence, dans les environs du seigneur de Marthon, Hubert de la Rochefoucauld, chef des catholiques, ayant enhardi ces derniers, le lieutenant civil Robiquet et le maire Dalembert complotèrent de lui livrer la ville.

    Les protestants, ayant eu connaissance de ce complot, s'emparèrent de l'hôtel de ville et occupèrent tous les postes. Puis, dans leur irritation, ils se précipitèrent dans l'église Saint-Léger, brisèrent les autels et instituèrent le seigneur d'Asnières gouverneur de la place. L'exercice du culte catholique cessa alors dans l'église Saint-Léger et les protestants s'y réunirent pour faire le prêche.Cependant, le seigneur de Marthon, ignorant ce qui s'était passé, s'approcha des portes à l'heure convenue. Il fut reçu à coups de mitraille et dut se retirer à Châteauneuf, où il fut bientôt assiègé par les sires de Montguyon et de Saint-Séverin. N'ayant pu réussir à prendre Châteauneuf, ces derniers se retirèrent vers Cognac, qui refusa de leur ouvrir ses portes.

    Cognac

    Deux ans après, sur le point d'être réduits par la force, les protestants ouvrirent les portes de Cognac au seigneur d'Ambleville, qui prit le commandement de la ville en l'absence du gouverneur, Prévost de Sansac. Ce fut au tour des catholiques à exercer leurs représailles.La paix d'Amboise vint suspendre les hostilités. Le jeune roi, Charles IX, en profita pour parcourir quelques provinces de son royaume. Accompagné de sa mère. Catherine de Médicis, de son frère, le duc d'Anjou, de sa soeur, Marguerite, et de plusieurs grands seigneurs, il visita Angoulême, Châteauneuf, Jarnac et arriva à Cognac le 21 août 1565. La cour s'établit au château de Cognac et y demeura jusque dans les premiers jours du mois de septembre.

    Cognac reçut ensuite la visite de Jeanne d'Albret, reine de Navarre et mère du futur roi Henri IV. Peut de temps après, les hostilités ayant recommencé entre les catholiques et protestants, le prince de Condé s'empara de Cognac et y mit une forte garnison protestante. Aussi les tentatives du comte de Brissac, pour reprendre la ville, furent-elles inutiles.Après la défaite des protestants à Jarnac (le 15 mars 1569), c'est Cognac que l'amiral de Coligny rallia les débris de son armée et que Jeanne d'Albret présenta aux troupes protestantes son fils et le fils du prince Condé, en leur disant: << Voici, mes amis, deux nouveaux chefs que je vous donne et deux orphelins que je vous confie >>.

    Cognac

    Deux jours après, le duc d'Anjou se présenta devant Cognac avec de l'artillerie, et, pensant avoir la ville par composition, il la somma de se rendre. Mais les protestants qui, après le départ de l'amiral de Coligny, avaient mis à leur tête le copitaine Pluviaut, se portèrent à la rencontre des catholiques et les contraignirent à tourner la ville et à s'éloigner. Le lendemain, le duc d'Anjou regagna Jarnac, après avoir perdu beaucoup de monde et deux drapeaux.Les protestants demeurèrent maîtres de Cognac avec garnison de sept mille hommes. Le 6 juillet suivant, l'armée catholique reparut sous les remparts de Cognac. Un envoyé présenta au gouverneur, Jean de Montbron, seigneur de Thors, une lettre du roi Charles IX, le sommant de se rendre. Après avoir baisé la lettre, le vieux guerrier la rendit à l'envoyé en disant << qu'il ne savait ni lire ni écrire, et que ses compagnons avaient coeur et mains, et point d'oreilles >>

    Peu de temps après, le traité de Saint-Germain vint rétablir la paix dans la royaume. La ville de Cognac était une des quatre places de sûreté que ce traité accordait aux protestants. Le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) n'eut pas de répercussion sérieuse dans notre province ; le sang protestant ne coula pas dans les rues de Cognac. Après ce drame sanglant, la guerre recommença entre catholiques et protestants ; mais notre province eut peu à en souffrir.Cependant, en 1578, les catholiques formèrent entre eux la Sainte-Ligue. Le but apparent de cette association était de sauvegarder les intérêts de la religion; mais, en réalité, les liqueurs servaient les intérêts du duc de Guise, dont l'ambition ne tendait à rien de moins qu'à détroner à son profit le faible roi Henri III. La guerre devenait donc politique autant que religieuse.

    Cognac

    Effrayée de l'influence croissante du duc de Guise, la reine-mère, Catherine de Médicis, songea à se rapprocher du roi de Navarre et à négocier une alliance entre ce prince et son fils, Henri III. Elle vint donc à Cognac. Après quelques pour parlers, une entrevue fut convenue entre elle et le Béarnais. Tout d'abord, cette entrevue devait avoir lieu sur un pont construit sur les Charente et cinquante arbres furent, en effet, coupés et transportés à Cognac pour l'établissement de ce pont. 

    Mais, pour une cause inconnue, ce projet fut abondonné et il fut convenu que les conférences auraient lieu au château de Saint-Brice. Ces conférences (septembre 1586) n'eurent d'autre résultat qu'une prolongation de la trève jusqu'au six janvier suivant. Catherine de Médicis rentra alors à Cognac, où elle demeura quelques jours.Après l'assassinat du roi Henri III (2 août 1589), le nouveau roi, Henri IV, se vit obligé de conquérir son rayaume sur les liqueurs, qui se refusaient à reconnaître son autorité. En 1592, il vint à Cognac et confirma tous les privilèges accordés à la ville par ses prédécesseurs. Cependant, un édit de 1598 rétablir les impôts, dont les habitants de Cognac avaient été exemptés par les anciens rois.

    Cognac

    La même année (1598), l'Edit de Nantes, en reconnaissant aux protestants le libre exercice de leur culte et leur admission aux emplois publics, mit fin aux guerres religieuses. Le pays put alors respirer et consacrer son activité à réparer les ruines accumulées par quarante années de guerre civile. A Cognac, grâce aux encouragements de Sully, le commerce prit un nouvel essort; d'importantes maisons exportaient en Angleterre les vins rouges de la contrée, alors que les excellents vins blancs, récoltés dans les Borderies, étaient expédiés en Flandre et en Hollande.D'autre part, ces maisons recevaient les produits d'Amérique, les cuirs du Canada, les épices et les étoffes du levant, qu'elles réexpédiaient dans le haut pays. Malheureusement, cette période de tranquilité ne devait pas durer. Les catholiques trouvaient excessives les concessions accordées aux protestants par l'édit de Nantes ; les protestants, au contraire, n'étaient qu'à demi satisfaits. Aussi, des les premiers jours du règne de Louis XIII, on pouvait prévoir de nouveaux troubles.

     

    Cognac avait alors pour gouverneur le baron François de Jussac d'Ambleville, homme énergique, qui parvint à maintenir l'ordre dans son gouvernement, alors que le Saintonge était en pleine révolte. Les principaux points d'appui des protestants étaient les villes de la Rochelle et de Saint-Jean-d'Angély. Louis XIII vint en personne assièger cette dernière ville et s'en empara le 24 juin 1621.Après la reddition de cette place, le roi se rendit à Cognac, où il fut accueilli avec joie par la population. Il y trouva le duc d'Epernon, gouverneur de l'Angoumois, qu'il chargea, de concert avec le gouverneur Jussac d'Ambleville, d'organiser un corps d'armée pour le mener devant la Rochelle.Après la mort de Jussac d'Ambleville (1625), le gouvernement de Cognac fut confié à Henri de Baudéan, comte de Parabère. Ce dernier, jaloux de ses prérogatives, abusa de son autorité pour humilier les principaux citoyens de la ville dont il avait la garde.

     

    Cognac

    Entre autres, on peut citer le fait suivant : Ayant à s'absenter, il  manda le maire de Cognac et lui enjoignit d'avoir à venir, pendant son absence, prendre le mot d'ordre auprès de la comtesse sa femme, et, comme le maire se refusait à une démarche qu'il jugeait contraire à sa dignité, le gouverneur le menaça, s'il n'obéissait pas, de le faire mettre au cachot et même de le faire poignarder.En 1633, le comte de Parabère fut nommé gouverneur de Poitou et remplacé à Cognac par Léon de Sainte-Maure, comte de Jonzac. C'est pendant le gouvernement du comte de Jonzac qu'eut lieu le siège de Cognac par les Frondeurs.Le gouvernement despotique du cardinal de Richelieu avait fait de nombreux mécontents dans toutes les classes de la société. Aussi, après la mort du roi Louis XIII, lorsque le pouvoir eût passé aux mains d'un enfant de cinq ans et d'une régente, conseillée par un ministre étranger, une violente réaction s'opéra.

    Le prince de Condé se mit à la tête des mécontents, et, désireux de s'établir fortement au sud de la Loire, il vint mettre le siège devant Cognac, espérant se rendre assez facilement maître de cette ville dont les murailles étaient assez mal entretenues.A cette époque, la ville de Cognac était encore resserrée dans son ancienne enceinte, percée seulement de quatre portes, dont les trois principales étaient : la porte Angoumoisine, flanquée de deux grosses tours rondes, et faisant face au chemin qui venait d'Angoulême, la porte Saint-Martin et la porte du Pont ; cette dernière existe encore de nos jours. En partant de la porte Angoumoisine, la ligne des murailles suivait la direction du boulevard Denfert-Rochereau actuel et rejoignait le château ; puis, après avoir longé la rivière, elle rejoignait l'emplacement occupé aujourd'hui par la place de Beaulieu et se dirigeait ensuite vers la porte Angoumoisine par la promenade de la Corderie.

    Cognac

    Cependant, lorsqu'on apprit l'arrivée du prince Condé, on se prépara à la résistance. Les murailles furent réparées, les brèches relevées et les fossés, débarrassés des matériaux qui les encombraient.Les catholiques et les protestants, oubliant leurs dissensions, s'unirent contre l'ennemi commun ; sous la conduite d'un homme de coeur, Arnaud Gay, sieur des Fontenelles, capitaine au régiment de Piémont, toutes les mesures furent prises pour repousser les Frondeurs.Le matin de la Toussaint, le maire de Cognac, Cyvadier, qui était également capitaine de la ville, réunit tous les défenseurs de la cité, auxquels s'étaient joints les gentilshommes des environs, accourus pour prêter leur appui à la cause de la royauté. Il y avait là Charles de Courbon, comte de Blénac, Bernardin Gigault, marquis de Bellefonds, Jean-Louis de Brémond, marquis d'Ars, Josias Chesnel, seigneur de Château-Chesnel, François d'Ocoy, seigneur de Saint-Trojan et de Saint-Brice, et de nombreux seigneurs, qui tous rivalisaient de zèle et de courage.

    Le lendemain, arriva le comte de Jonzac, gouverneur de Cognac,  avec soixante chevaux et des fantassins qui allèrent occuper le château. On forma alors, sous la présidence du maire, un conseil de guerre, composé de quatre gentilshommes, de quatre échevins, du lieutenant-général et du procureur du roi.Comme le roi se trouvait à Poitiers, on chargea les sieurs de Combizant, lieutenant général, et de Romas, procureur du roi, auxquels on adjoignit Jean Allenet, bourgeois et échevin, d'aller assurer  sa Majesté de la résolution prise de mourir pour son service et de lui demander de ratifier le choix du sieur des Fontenelles comme commandant des forces réunies dans la ville.

    Ce fut le marquis de Bellefonds, qui eut l'ordre de prendre le commandement de la place. Avec le plus noble désintéressement, le sieur des Fontenelles accepta de rester en sous-ordre, et, dès le lendemain, on le vit diriger la construction d'une demi-lune destinée à protéger la porte Angoumoisine.


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      Le 7 novembre, le duc de la Rochefoucauld, lieutenant général du prince de Condé, vint s'installer au logis de l'Eclopart, avec l'avant-garde de l'armée assiégeante. Comme il s'approchait, à la tête de deux cents cavaliers, pour reconnaître la ville, les habitants se portèrent à sa rencontre, mais l'affaire se borna à quelques escarmouches.Dans la nuit du 8 au 9 novembre, l'armée du prince Condé investit complètement la ville. Le régiment de la Rochefoucauld prit position sur les hauteurs de Cagouillet ; le régiment d'Albret s'établit dans l'enclos de la chambre, et le régiment du comte de Lorge à la Perdasse ; le régiment d'Enghien, qui avait envahi le couvent des Cordeliers, n'était qu'à une portée de carabine des remparts ; enfin, les régiments de Guyenne et de Tarente, ayant occupé le foubourg Saint-Jacques, sur la rive droite de la Charente, établirent un pont de bateaux, afin de se mettre en communication avec les troupes campées sur l'autre rive.

    A l'intérieur de la ville, on se préoccupait vivement des mesures à prendre. Le conseil de guerre avait émis l'avis de détruire le couvent des Cordeliers, qui pouvait servir de point d'appui aux assiégeants ; mais le sieur des Fontenelles s'y opposa, en faisant valoir que ce côté de la ville était le plus fort et qu'on pourrait facilement résister à l'attaque, si elle se produisait à cet endroit.Après avoir lancé quelques boulets contre les murailles, et avoir ainsi montré la puissance de leur artillerie, les assiégeants envoyèrent un trompette sommet les habitants de se rendre. Ceux-ci répondirent qu'ils étaient résolus à se défendre et à mourir pour le service du roi.

    On se prépara alors à la résistance. Les gentilshommes, ayant à leur tête les sieurs de Bellefonds et des Fontenelles, se portèrent au lieu de l'attaque, pour protéger la tour de Lusignan, qui était défendue par un fossé large et profond. Il n'y avait donc à craindre que la mine. Aussi, pour empêcher les assiégeants de s'approcher du pied de la tour, pendant toute la nuit on jeta dans le fossé une grande quantité de cercles et de javelles goudronnés et enflammés, afin d'éclairer le fossé.Les jours suivants, les assiégeants continuèrent de battre les murailles avec leur artillerie, sans causer beaucoup de dommages. La crainte des assiégés était toujours que la muraille ne fût minée ; aussi, le sieur de Boismorin se fit-il descendre deux fois dans le fossé pour s'assurer qu'il n'en était rien.

    Cognac

    Pendant ces quelques jours, le passage de la Charente était devenu très difficile, par suite des pluies continuelles, qui l'avaient considérablement grossie. Aussi, une grande partie des troupes, campées sur la rive droite de la rivière, avaient-elles rallié le gros de l'armée du côté de la porte angoumoisine.Cependant, comme les assiégés commençaient à manquer de munitions, ils chargèrent le sire de Château-Chesnel d'aller prévenir le comte d'Harcourt et le prier de se hâter de venir à leur secours.Le même jour, le prince de condé arriva. Après avoir constaté le peu de résultats obtenus par ses troupes, il résolut de faire saper la tour de Lusignan. A cet effet, il fit entrer dans le fossé cinquante hommes d'armes, dont cinq étaient porteurs de madriers,  et deux mineurs qui devaient s'attacher à la muraille. Mais le projet fut découvert par le comte de Blénac. 

    Pendant que le fossé était éclairé par un grand nombre de javelles enflammées, les sieurs de Bellefonds et des Fontenelles, postés près de la porte Saint-Martin avec de nombreux gentilshommes, ouvrirent le feu sur les mineurs et sur les gens d'armes qui furent tous tués à l'exception d'un seul qui fut pris et fait prisonnier et qui apprit aux assiégés l'arrivée du prince de Condé.Le sire de château-Chesnel était parvenu à rejoindre le comte d'Harcourt et l'avait mis au courant de la situation. Le chef de l'armée royale envoya aussitôt le sieur de Folleville, maréchal de camp, à la tête des chevaux-légers de Baradas et du régiment de Jarnac avec ordre de s'emparer du pont de Saint-Sulpice, que les Frondeurs cherchaient à rompre. Ces derniers ayant été repoussés et le passage rétabli, de Folleville continua sa route et se porta sur Javrezac, dans la crainte que l'ennemi ne cherchât à couper le pont jeté sur l'Antenne.

    Aussitôt que l'armée royal eût paru en vue de la ville (15 novembre), le sieur de Boismorin, malgré le danger que présentait cette opération, s'offrir à aller prendre les ordres du comte d'Harcourt, afin que les assiégés puissent savoir le  rôle qu'ils auraient à remplir. Il réussit dans sa tentative, et il fut convenu que la sortie des assiégés se ferait par le pont.Le plan du comte d'Harcourt était, en effet, d'attaquer avec toutes ses troupes les barricades que les Frondeurs avaient établies à l'entrée des trois avenues donnant accès au foubourg Saint-Jacques. Il divisa donc ses troupes en trois colonnes : celle du milieu, commandée par le lieutenant-général Duplessis-Bellière, celle de droite, sous les ordres du maréchal de camp de Folleville et celle de gauche, dirigée par le sieur d'Hendicourt, aussi maréchal de camp.Avant d'engager l'action, le comte d'Harcourt somma de se rendre ceux qui occupaient le faubourg ; mais le sieur de Saint-Aubin, qui commandait pour le prince de Condé, répondit que << lui et les siens répondraient par la bouche des mousquets. >>

    Cognac

    L'assaut fut alors ordonné et les trois barricades, qui défendaient le faubourg furent enlevées par les troupes royales. Pendant ce temps, ainsi que cela avait été convenu, les gentilshommes enfermés dans la ville, auxquels s'étaient joints un certain nombre d'habitants bien armés, s'élançaient au dehors, culbutaient les défenseurs des barricades élevées du côté de la ville et ne s'arrêtaient qu'après avoir rejoint les troupes du comte d'Harcourt.Après un combat de deux heures, le faubourg Saint-Jacques était tombé au pouvoir de l'armée royale. Les vainqueurs rentrèrent alors dans la ville, où l'accueil le plus chaleureux leur fut fait. Le prince de Condé, qui campait sur la rive gauche de la Charente, avait bien essayé d'envoyer quelques troupes au secours des siens ; mais les bateaux qui les portaient, mal dirigés, furent entraînés par l'eau et ceux qui les montaient, ou bien périrent par le feu des assiégés, ou bien se noyèrent. Alors le prince se décida à lever le siège.Le roi récompensa dignement la ville de Cognac de sa fidélité.

    Des lettres de noblesse furent accordées au maire, Louis Cyvadier, ainsi qu'à ses sucesseurs; le vaillant sire des Fontenelles reçut, en récompense de sa bravoure, la charge de lieutenant du roi pour la ville et le château ; quatre grandes foires royales furent créées ; enfin le commerce fut encouragé par la diminution des droits sur le vin et sur les eaux-de-vie qui descendaient la rivière.Le comte de Jonzac, gouverneur de Cognac, mourut le 21 juin 1671. Il eut pour sucesseur son fils, Alexis de Sainte-Maure, qui ne lui survécut que quelques années. Après son décés, l'influence de Mme de Maintenon fit donner le gouvernement de Cognac à Charles d'Aubigné, dit le comte d'Aubigné.Ce fut une période de décadence pour la ville de Cognac. C'est, en effet, l'époque de la Révocation de l'Edit de Nantes, époque néfaste, où les protestants, entre les mains desquels étaient à peu près tout le commerce et toute l'industrie, durent abandonner leur pays, pour se soustraire aux persécutions auxquelles ils étaient en butte.

    Les distilleries furent fermées ; les négociants de Cognac, presque tous protestants, durent cesser leurs relations avec l'étranger ; on vit partout cesser le commerce des vins et des eaux-de-vie et la plupart des vignes restèrent sans culture.Après la mort du roi XIV (1715), la situation s'améliora sensiblement; grâce aux idées de tolérance qui pénétrèrent peu à peu dans toutes les classes de la société, pendant le dix-huitième siècle, les dissensions entre catholiques et protestants s'atténuèrent de plus en plus ; la paix et la tranquillité revinrent et le commerce prit un nouvel essor.Un seul fait mérite d'être signalé pendant le cours du dix-huitième siècle. En 1767, le gouvernement de Cognac avait été donné au duc de la Vauguyon, qui affectionnait beaucoup le séjour de cette ville. Aussi, par contrat du 1er juin 1772, il obtint du roi Louise XV la cession des châtellenies de Cognac et de Merpins, en échange de deux portions de la forêt de Senonches. Par suite de cet échange, la ville de Cognac était soustraite à l'autorité du roi, pour être placée sous le vasselage d'un simple seigneur. Aussi le mécontentement fut-il grand parmi la population, et les protestants furent-elles des plus vives.

    Cognac

    Cependant, l'espoir revint lorsqu'on apprit que le duché d'Angoulême avait été donné en apanage au comte d'Artois. On pensait, en effet, que le nouvel apanagiste aurait le droit de réunir sous son autorité le duché tout entier, y compris les châtellenies de Cognac et de Merpins.Mais la joie fut courte durée ; car un contrat de subrogation, du 30 juillet 1775, confirmé par des lettres patentes du roi, de la même année, stipula la distraction des châtellenies de Cognac et de Merpins du duché-pairie d'Angoulême. La révolution mit fin à cette situation.Nous n'avons pas à nous étendre sur cette période de notre histoire qui devait bouleverser si profondément l'ordre social. Disons seulement que la convocation des Etats-Généraux, pour le 5 mai 1789, fut accueillie à Cognac, comme dans le reste du pays, avec un grand enthousiasme et que, parmi les députés du Tiers-Etat, élus pour Angoumois, était M.Etienne Augier, l'un des représentants les plus autorisés du commerce cognaçais.

    Ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire, c'est au commerce des eaux-de-vie, produites par les vignobles chateantais, que Cognac doit son importance et sa réputation mondiale. Cependant l'origine de ce commerce n'est pas très ancienne et ne remonte guère au-delà du seizième siècle.Jusqu'a cette époque, les vignes de l'Angoumois produisaient déjà des vins estimés au dehors ; mais ces vins se vendaient en nature en Angleterre, en Flandre et en Hollande.La plus ancienne maison de Cognac, qui se soit livrée au commerce des eaux-de-vie, est la maison Augier frères, représentée aujourd'hui par l'honorable M.Ch. de Bournonville. Cette maison, bien connue par sa scrupuleuse probité commerciale, était établie à Cognac dès les premières années du dix-septième siècle. Dans une mézée, tenue par le Corps de ville de Cognac, le 1 er mai 1627, le procureur de la commune annonça << qu'il est dù vingt-et-une livres six sols au sieur Augier, marchand, pour nombre de sucre >>, et,  dans un autre mézée, tenue le 23 mai 1629, figure, comme échevin, le sieur Luc. Augier.

    Il appartenait à un jeune étranger de donner au commerce des eaux-de-vie l'impulsion qui lui était nécessaire pour se développer. C'est en 1715 que vint s'établir à Cognac Jean Martell, originaire de l'île de Jersey, dans la Manche. Ses débuts furent modestes ; il se créa d'abord quelques débouchés dans son île natale et dans l'île voisine de Guernesey, puis en Hollande et dans les villes hanséatiques. Enhardi par ses premiers succès, il quitta Cognac en 1723 pour visiter Londres, où il se créa d'importantes relations. A partir de cette époque, ses affaires ne cessèrent de s'accroître et, à sa mort, en 1753, il laissait une maison de commerce des plus prospères.Jean Martell avait épousé, en 1738, une jeune fille de Cognac, Jeanne Rachelle Lallemand, qui lui laissa sept enfants. Après sa mort, sa veuve s'associa avec son frère et continua les affaires sous la raison sociale : Veuve Martell Lallemand.  La maison Martell était représentée par M.Edouard Martell, sénateur de la Charente.

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    Vers 1725 s'établit à Jarnac M.Isaac Ranson, qui entretient des relations suivies avec Hollande et l'Irlande. En 1793, M. Ranson s'associa son gendre M. James Delamain et la maison Ranson devint la maison Ranson et Delamain. Ce dernier était irlandais et une partie de sa famille était restée en Angleterre. Cela lui permit d'étendre ses relations dans ce dernier pays et la maison prit une grande extension.En 1796, Mme Delamain, restée veuve, s'associa également ses deux gendres, MM. Gab. Garreau et Th. Hine. En 1817, ce dernier pris seul la direction de la maison sous la raison sociale Thomas Hine et Cie. Longtemps après, certaines personnalités, issues des mêmes familles, ont fondé deux autres maisons de commerce: les maisons Roullet et Delamain et Ranson et Cie ; mais seule maison pouvant prétendre au titre de sucesseur de Ranson et Delamain est la maison Thomas Hine et Cie.C'est vers l'année 1765 que la maison Hennessy, la quatrième comme ancienneté, vint s'établir en France. Le fondateur de cette maison, Richard Hennessy, était d'origine irlandaise. Aussi, lorsqu'en 1825, son fils fut élu député de Cognac, la question de sa nationalité fut soulevée à la Chambre des députés. Cette dernière admit la validité de l'élection, en se basant sur ce que la famille Hennessy était fixée en France depuis près de soixante ans et qu'elle y avait fondé un établissement commercial de premier ordre.

    La maison Hennessy prospéra rapidement et acquit très vite une grande importance ; c'est, avec la maison Martell, la plus considérable de Cognac. Afin de compléter la liste des négociants établis à Cognac avant le dix-neuvième siècle, nous citerons encore la maison O'Tard de la Grange et Dupuy, fondée au mois de juillet 1796.Pendant tout le dix-neuvième siècle, un grand nombre de maisons nouvelles se sont fondées et la plupart d'entre elles se sont fait une réputation des mieux méritées sur tous les marchés du monde. Parmi toutes ces maisons, nous devons une mention particulière à la société Vinicole, fondée par actions, en 1838, sous la direction de M. Antoine de Salignac, qui eut pour sucesseurs ses deux fils, Georges et Louis. La Société Vinicole était gérée par M. Monnet.

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    Dans le dernier quart du dix-neuvième siècle, la crise phylloxérique vint compromettre gravement la propérité du commerce cognaçais. Mais, heureusement, les réserves accumulées dans les chais des producteurs étaient considérables et permirent aux négociants de Cognac de traverser, sans de trop grands dommages, la période de long tâtonnements, qui précéda la reconstitution du vignoble.La qualité des eaux-de-vie charentaises dépend d'un ensemble de circonstances qu'il serait impossible de trouver réunies dans d'autre lieu. Ce serait donc une erreur de croire qu'il suffirait de planter des cépages charentais dans un sol ayant la même composition que le sol charentais pour obtenir des produits semblables aux eaux-de-vie de Cognac.Des facteurs,autres que le sol et le cépage, jouent également leur rôle, entre autres le climat, l'exposition du terrain, etc. Il en résulte que les différents crûs de Cognac, tout en ayant chacun ses qualités particulières, ne se ressemblent pas et qu'on trouve des différences sensibles entre les eaux-de-vie récoltées sur les différents points du vignoble charentais.

    Les eaux-de-vie les plus estimées sont celles produites par la Champagne, vaste plaine crayeuse, qui s'étend sur la rive gauche de la Charente, de Beillant à Châteauneuf et de Cognac à Barbezieux. Viennent ensuite les Borderies, comprenant la partie du canton de Cognac située sur la rive droite du fleuve. Ajoutons que, par l'excellence de leurs procédés de distillation, les bouilleurs parviennent à extraire du vin l'arôme qu'il peut contenir.Jusque vers le milieu du dix-neuvième siècle, l'exportation des eaux-de-vie s'est faite uniquement dans des futailles, fabriquées généralement en bois de chêne du Limousin. Mais, à partir de l'année 1830, un nouveau mode d'expédition prit rapidement un grand développement ; nous voulons parler des expéditions en bouteilles, que la maison Jules Robin fut une des premières à préconiser.Ce nouveau mode d'expédition introduisit à Cognac une nouvelle industrie, l'industrie de la verrerie. Une première verrerie, installée à Gagouillet, par un M. Matignon, de Jarnac, propéra pendant quelque temps ; mais, mal administrée, elle périclita bientôt et dut éteindre ses fours. Une autre verrerie, établie au faubourg Saint-Martin, n'eut pas un meilleur sort.

    Cognac

    En 1878, ce dernier établissement, qui était fermé depuis de longues années, fut acquis par un homme de haute valeur, M.Claude Boucher, qui, par son labeur infatigable et par ses remarquables inventions, devait révolutionner l'art de la verrerie et dont la mort, survenue le 13 novembre 1913, a pu être considérée, à Cognac, comme un malheur public.Claude Boucher fut réellement le fils de ses oeuvres. Né à Blanzy (Saône-et-Loire), le 22 décembre 1842, il était fils d'un potier-verrier de la verrerie de Blanzy. Dès l'âge de onze ans, il aidait son père dans son travail; on pouvait le voir, en hiver, se rendre, dès quatre heures du matin, à la verrerie, afin de préparer la terre que devait façonner son père. Doué d'une énergie peu commune et pris d'un ardent désir de s'instruire, il emportait toujours avec lui quelque livre d'étude, et il profitait des rares instants de repos que lui laissait son travail pour perfectionner son instruction. Aussi, à vingt ans, le métier de verrier n'avait plus de secrets pour lui.

    C'est en 1863 qu'il vint, pour la première fois, dans notre contrée; on lui avait offert la direction d'une verrerie qui périclitait, à La Tremblade. Il resta à La Tremblade quelques années, se maria et,  en 1868, il devint directeur de verrerie de Faymoreau, en Vendée. Pendant les dix années qu'il passa à Faymoreau, tout en amenant cette usine à un degré de prospérité qu'elle n'avait jamais connu, Claude Boucher poursuivait ses études en chimie.Il s'était aménagé un laboratoire, où il se livrait à l'étude approfondie du verre et des matières qui entrent dans sa composition, ainsi que des argiles employées à la construction des fours et des creusets.

    Aussi, lorsqu'en 1878 il eut acquis la verrerie de Saint-Martin, à Cognac, songea-t-il à utiliser les nombreuses connaissance qu'il avait acquises. Sa première invention fut celle d'un four de fusion à travail continu. Ce four, qui peut soutenir plus de 400.000 kilogrammes de verre fondu, permet de produire, en vingt-quatre heures, avec trois équipes d'ouvriers, jusqu'à cinquante-cinq mille bouteilles.Cette invention fut complétée par une autre, qui met les ouvriers cueilleurs à l'abri de la température élevée du four et de la réverbération du verre incandescent : nous voulons parler du tube plongeur, en argile réfractaire, qui plonge dans la masse du verre en fusion et qui, grâce à un ouvreau approprié, permet à l'ouvrier de puiser les cueillages de verre sans fatigue et sans danger pour la vue.

    Cognac

    Entre temps, en 1882, Claude Boucher avait inventé un moule tournant, qui déjà facilitait la tâche du souffleur. La sollicitude de cet excellent homme de bien pour ses ouvriers, les multiples inventions qu'il avait imaginées pour rendre moins pénible leur dur métier ne purent le mettre à l'abri des mouvements grévistes qui agitent périodiquement la classe ouvrière.En 1890 et 1892, il eut à tenir tête à deux grèves formidables qui vinrent ébranler sa situation. Il sortit plus fort de cette terrible épreuve et ce fut alors qu'il put mener à bien l'oeuvre maîtresse de sa vie: l'invention de la machine à fabriquer les bouteilles, qui transforma complètement l'art de la verrerie.

     Avant l'invention de cette machine admirable, le soufflage du verre était pour l'ouvrier verrier la cause de maladies multiples, qui le vieillissaient avant l'âge et le condamnaient presque toujours à une mort prématurée. Aujourd'hui, grâce à l'invention de Claude Boucher, l'ouvrier verrier est un ouvrier comme les autres.Aussi la nouvelle machine fut-elle promptement adoptée par un grand nombre de verrerie, en France et à l'étranger. Les inventions philanthropiques de Claude Boucher lui valurent, en 1902, le prix Montyon, décerné par l'Académie des sciences, et en 1909, la croix de la légion d'honneur.

     

    La verrerie de Saint-Martin devint bientôt insuffisante. Aussi, en 1903, Claude Boucher fit-il construire, au faubourg Saint-Jacques, une usine beaucoup plus vaste, qui occupe plus de cinq cents ouvriers et qui a ramené la vie et la propérité dans un quartier de Cognac, auparavant presque abandonné.Cette usine approvisionne la plus grande partie des négociants de Cognac et livre chaque année environ douze millions de bouteilles de toutes sortes. Par les immenses services qu'il a rendus à l'industrie verrière, Claude Boucher peut  considéré comme un bienfaiteur de l'humanité. Aussi devons-nous applaudir au noble geste de la municipalité de Cognac, décidant à l'unanimité de donner le nom de Claude Boucher à l'une des voies les plus importantes de la cité.

    Cognac

    Souhaitons également que le Comité, formé pour élever à la mémoire de  cet homme de bien un monument digne de lui, réussisse dans son entreprise. La verrerie de Cognac est dirigée aujourd'hui par les fils de Claude Boucher, qui, élevés à l'école de leur père, en sont les dignes continuateurs.Jusque vers la fin du dix-huitième siècle, la ville de Cognac, resserrée entre ses murailles, ne put pas se développer librement. Aussi sa population n'était-elle pas en rapport avec son importance commerciale; d'après un recensement effectué en 1765, cette population atteignait à peine à cette époque le chiffre de trois mille deux cents habitants.

    Les rues, étroites et tortueuses, telles qu'on en rencontre encore quelques-unes dans la vieille ville, se dirigeaient en général vers le port. Quelques vieilles maisons subsistent encore: celle dont nous donnons la reproduction, est située à l'entrée de la rue Grande.Lorsque l'enceinte fortifiée eut été abattue, pour faire place à un magnifique boulevard, les constructions s'étendirent de toutes parts et de vastes faubourgs s'élèvèrent. Certaines voies de l'ancienne ville furent élargies : les maisons, reconstruites et Cognac prit peu à peu sa physionomie actuelle.

    Aujourd'hui Cognac est une ville importante, de près de vingt mille habitants, active, commerçante, dont le chiffre d'affaires est considérable. C'est le siège d'une sous-préfecture, d'un tribunal de première instance, d'un tribunal de commerce et d'une chambre de commerce.Le quartier le plus animé de la ville est la place François Ier, au milieu de laquelle s'élève la magnifique statue équestre du roi-chevalier, par Etex. De cette place rayonnent plusieurs voies importantes : l'avenue Victor Hugo ; la rue d'Angoulême, bordée de beaux magasin, qui unit la place François Ier à la place d'Arme, où se trouve le Marché couvert ; le boulevard Denfert-Rochereau, magnifique avenue aboutissant au pont-Neuf ; la place de la Corderie, où s'élève l'hôtel des Postes et Télégraphes.

    Cognac

    La gare, située à l'extrémité méridionale de la cité, est reliée au centre de la ville par la rue Elisée-Mousnier, à laquelle fait suite la rue Saint-Martin, une des plus fréquentées de la ville. D'importants faubourgs se sont édifiés depuis un siècle tout autour de la ville. Dans les vastes terrains vagues qui s'étendaient au nord et en bordure de la route d'Angoulême, a surgi depuis cinquante ans toute une ville nouvelle, le populeux faubourg de Cagouillet.Au sud sétend le faubourg Saint-Martin, relié depuis peu à la rive droite de la Charente par un beau pont et dont la principale artère est la longue rue du Pons. Bientôt cette voie importante prendra le nom de maître verrier, qui a laissé , à Cognac, d'unanimes regrets, et s'appellera la rue Claude Boucher.

    Sur la rive droite de la Charente, relié au reste de la ville par un beau pont, de construction assez récente, sétend le faubourg Saint-Jacques, aujourd'hui en pleine propérité grâce au voisinage de la verrerie. Autrefois le pont, qui unissait les deux rives du fleuve, était un peu plus bas, en face de la vieille porte qui existe encore. Cet ancien pont a été démoli en 1855.L'ancien bourg de Crouin s'élève à peu de distance du faubourg Saint-Jacques, près du confluent de la Charente et de l'Antenne ; c'était le chef-lieu d'une ancienne commune, qui a été réunie à celle de Cognac, en 1867. Une des principales curiosités de Cognac est son beau parc, qui s'étend sur la rive gauche de la Charente, sur une longueur de plus d'un kilomètre.

    Cognac

    Percé de nombreuses allées et planté d'arbres magnifiques, principalement de beaux chênes verts, ce parc forme une promenade des plus attrayantes. on y accède par une superbe avenue, plantée d'arbres, d'où la vue domine la vallée de la Charente et les hauteurs boisées qui limitent cette vallée sur la rive droite.Les monuments du passé sont assez rares à Cognac. En dehors de la vieille porte fortifiée, qui commandait l'entrée du pont, et de quelques maisons anciennes, que l'on peut voir dans la rue Grande et dans la rue Madeleine, nous ne pouvons citer que le château, l'église Saint-Léger et la petite église Saint-Martin.

    Du château primitif construit par les Lusignan, il ne reste que fort peu de choses ; se qui subsite du château de Cognac, appartient principalement aux constructions édifiées par le comte Jean par son fils Charles et par la duchesse Louise de Savoie. Le 4 messidor au IV , le château de Cognac fut acquis par MM. Caminade de Chatenay et Rambaud. En 1813, MM. O'Tard de la Grange et Dupuy s'en rendirent acquéreurs et le transformèrent en magasins à eaux-de-vie. Depuis cette époque, il n'a pas changé de destination.Léglise Saint-léger fut, dans le principe, le siège d'un prieuré fondé, au onzième siècle, par les comtes Itier et Arnaud et par leur oncle, Arnaud de Vitabre, évêque de Périgueux. Ayant appris l'arrivée dans la contrée d'un moine de l'abbaye d'Ebreuil, en Auvergne, nommé Aymeric, les comtes de Cognac et l'évêque de Périgueux le mandèrent près d'eux et lui signèrent une charte, par laquelle ils donnaient à l'abbaye d'Ebreuil, de l'ordre de Saint-Benoît, un emplacement pour y construire un monastère.

    On construisit alors une église en bois, qui fut consacrée solennellement par lévêque de Périgueux, et dédiée à St-Léger, St-Etienne et St-Laurent. Le moine Aymeric fut le premier prieur ; lorsqu'en 1059 il fut nommé abbé de Saint-Maixent, son neveu, Hugues, le remplaça.Pour subvenir aux premiers besoins des religieux, les fondateurs leur donnèrent une île sur la Charente, une écluse avec droit de pêche, la dîme des moulins et divers autres revenus. Bientôt les offrandes affluèrent au prieuré, qui s'enrichit rapidement, et la charte d'Arnaud de Vitabre et de ses neveux fut confirmée par Foulques Taillefer, comte d'Angoulême.

    Cognac

    Vers la fin du onzième siècle, l'église primitive était devenue insuffisante. C'est alors que fut commencée la construction de l'église dont il subsite encore les principales parties et que nous décrirons plus loin ; la construction de cet édifice se poursuivit pendant la plus grande partie du douzième siècle.Les fondateurs de prieuré de Saint-Léger avaient reconnu aux moines bénédictins le droit de basse et moyenne justice sur toutes les terres et maisons qui leur étaient données. Bien que ce droit eût été confirmé à plusieurs reprises, notamment en 1282, par Guy de Lusignan et en 1290, par Hugues le Brun, des contestations s'élevèrent quelquefois entre les agents de la rein de Navarre, comtesse d'Angoulême, et les moines ; ces différends se terminèrent à la satisfaction de ces derniers.

    Très éprouvé par la guerre de Cent ans, le prieuré de Saint-Léger fut relevé par les habitants de Cognac ; mais, après les guerres religieuses du seizième siècle, sa ruine fut définitive. Aussi, afin d'empêcher sa disparition, l'évêque de Saintes résolut de remplacer les moines par des religieuses et, après avoir obtenu l'assentiment du prieur de l'Abbaye d'Ebreuil et l'autorisation du roi Louis XIII, il installa au preuré de Saint-Léger, et cela malgré l'opposition du Corps de ville, des religieuses bénédictines, qui y demeurèrent jusqu'à la révolution.L'église Saint-Léger est aujourd'hui le siège de l'archiprêtré et a englobé dans sa circonscription, l'ancienne paroisse de Saint-Caprais du château, dont les derniers vestiges ont disparu en 1850. L'église Saint-Léger est un monument magnifique, mais datant de plusieurs époques.

    La façade et la nef sont de style roman. Voûté primitivement en coupoles, cet édifice est d'une construction analogue à celle de la cathédrale d'Angoulême, bien que de date postérieure. La sculture est plus délicate ; la pierre, d'un grain très fin, s'est mieux prêtée à l'art de l'ouvrier.La façade, malheureusement défigurée par une rose du quinzième siècle, est une page merveilleuse de symbolisme et d'ornementation architecturale. Il faut regretter que la pierre, effritée par les pluies de l'ouest, ne laisse plus pénétrer facilement le secret de ces enseignements lapidaires. Néanmoins, on distingue encore et très nettement les signes du zodiaque.

    Toute la richesse d'ornementation du douzième siècle s'épanouit dans ce splendide portique qui est, en ce moment, l'objet d'une restauration consciencieuse. Le transept du midi est également de style roman, mais moins remarquable et d'un art bien inférieur.Le clocher, au contraire, est merveilleux d'audace et de fin architectural. On ne peut se lasser d'admirer la sveltesse des quatre piles romanes, qui portent la masse du clocher primitif, auquel l'art ogival et la période de la Renaissance ont ajouté deux étages, ainsi qu'un couronnenment absolument indigne du monument qu'il domine.

    Cognac

    Le quatorzième siècle a remplacé les voûtes à coupoles par des voûtes d'arête et l'abside primitive, par un long sanctuaire, ajouré à l'orient d'une large baie rayonnante à quatre compartiments. Le seizième siècle a ajouté les deux bas-côtés et les chapelles, qui font de cette église le plus vaste édifice du diocèse.La construction de la chapelle, qui ouvre sur le bas-côté du midi, est due aux religieuses bénédictines, dont le prieuré se substitua à celui de Saint-Léger. Le mobilier de l'église Saint-Léger est d'une splendeur digne de la ville de Cognac. Quatre cloches superbes donnent un magnifique carillon. Le chemin de croix, la chaire, les orgues, les ornements du choeur, les verrières, les peintures murales et les autels font de ce sanctuaire comme un musée d'art chrétien. Saint-Léger est bien l'église d'une des villes les plus riches du monde.

    Ajoutons que l'église Saint-Léger fut célèbre par les différents conciles qui s'y tinrent au treizième siècle. Le premier de ces conciles eut lieu en 1238 et fut présidé par Gérard de Malemort, archevêque de Bordeaux. Deux autres conciles, présidés par Pierre de Roncevaux, également archevêque de Bordeaux, furent encore tenus dans l'église Saint-Léger, en 1260 et en 1262.L'un des articles adoptés dans ce dernier concile, enjoignait aux châtelains de saisir les biens des excommuniés, afin de les obliger à rentrer dans le sein de l'église.Jusqu'en 1827, la petite église Saint-Martin, située dans le faubourg de ce nom, fut une annexe de Saint-Léger ; mais, à cette époque, elle devint paroissiale. C'est un petit monument roman de la fin du douzième siècle, avec triplet à l'abside.

    La porte est encadrée entre deux édicules, qui sont probablement des tombeaux. Cette église étant insuffisante et trop excentrique, on a commencé dans la rue de Bellefonds, la construction d'un nouveau centre paroissial, monument de vastes proportions, qui ne possède encore qu'une nef de style ogival primaire.L'église Saint-Jacques est un gracieux édifice, de construction récente, mais de proportions trop réduites pour un faubourg aussi populeux. Enfin une quatrième église, de date encore plus récente, a été élevée dans le faubourg de Cagouillet. Les proportions en sont fort vastes, et donnent à cette enceinte un trait de parenté avec les basiliques italiennes.Le plus remarquable des monuments modernes est le nouvel hôtel de ville, édifié au milieu d'un beau parc. La sous-préfecture et le palais de justice se font vis-à-vis et sont séparés par un joli square.Citons enfin le Collège, magnifique établissement, l'un des plus importants de l'Académie de Poitier.

    Documentations :  Historique et communale de la Charente par J. Martin-Buchey Ancien professeur d'Histoire 1914-1917.

     


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    Mesnac

     

    Commune de Mesnac

    Limitrophe de la Charente-Inférieure, cette petit commune appartient à la plaine du pays-Bas. Elle est arrosée par l'Antenne qui en forme la limite occidentale et qui se divise en plusieurs bras, dans un terrain marécageux, et par le Véron, petit affluent de l'Antenne, qui sépare la commune du département de la Charente-Inférieure.C'est une contrée riche et fertile, dont les habitants sont, en général, dans l'aisance. Le vignoble reconstitué comprend près du tiers de la surface de la commune et tend à s'étendre de plus en plus, au détriment de la culture des céréales. Le pays est peu boisé et l'industrie y est absolument nulle.

    Mesnac

    La commune de Mesnac ne possède pas de voirie ferrée; elle est desservie par la station de Saint-Sulpice, située à trois kilomètres du bourg de Mesnac, sur la petit ligne de Cognac à Saint-Jean d'Angély. Le réseau routier de la commune comprend la route de Cherves à Matha ( chemin de grande communication N°21 d'Aubeterre à Matha), qui traverse la commune du sud au nord et un chemin d'intérêt commun qui, venu de Saint-Sulpice, dessert le bourg de Mesnac et se dirige vers Sainte-Sévère, après avoir croisé la route de Cherves à Matha à l'important village de Vignolles.

    Le bourg de Mesnac ( 417 hab.), à douze kilomètre nord de Cognac, s'élève sur la rive gauche de l'Antenne. Son église, du douzième siècle, forme un carré long surmonté de deux coupoles.

    Les arcs-doubleaux sont fortement ogivés et l'on remarque une corniche étoilée à l'intérieur de la nef.

    Mesnac

    La terre de Mesnac relevait du château de Cognac. Au quizième siècle, elle appartenait à Geoffroi de Beaumanoir, dont la famille posséda Mesnac jusqu'en 1490. A cette époque, cette terre fut achetée par Jean de Puyrigault, seigneur de Chazotte, et Marie de Gombaud, son épouse. En 1568, Renée de Puyrigault épousa François Chesnel et lui porta en dot les terres de Mesnac et de Chazotte. Ces seigneuries restèrent dans la famille Chesnel jusqu'à la révolution.

    Le centre de la population le plus important de la commune est le gros village de Vignolles, situé au croisement des routes de Cherves à Matha et de Mesnac à Saint-Sévère.

    Mesnac

    Les autres villages de la commune sont: les Fosses, sur la route de Saint-Sévère; Pain-Perdu, au nord de la commune, etc... .

    Mesnac

    Documentations : Historique et communale de la Charente. J. Martin-Buchey de 1914-1917


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    Saint-Brice

     

     

    Commune de Saint-Brice

    Située à l'extrémité orientale du canton de Cognac, la commune de Saint-Brice s'étend sur les deux rives de la Charente et est séparée par la Soloire de la commune voisine de Boutiers-Saint-Trojan.C'est une des communes les plus intéressantes du canton, non seulement par la beuté des sites qu'elle offre aux regards, mais aussi par les nombreux et remarquables souvenirs du passé que l'on y rencontre.La Charente y coule dans une admirable vallée, encaissée entre de hautes falaises, dont les flancs sont tapissés de magnifiques bois de chênes-verts, au milieu desquels de somptueuses villas, appartenant aux riches négociants de Cognac, s'élèvent çà et là, rompant la monotonie du paysage.

    Saint-Brice

    Plus au nord, le terrain s'abaisse progressivement vers la plaine du Pays-Bas, et l'on se trouve alors au milieu d'une riche nature, où les champs de blé alternent avec de beaux vignobles et où de bonnes prairies, arrosées par la Soloire, donnent d'excellents fourrages.Au sommet de la colline qui domine la rive droite du fleuve, au milieu des pins et des bruyères, voici le beau dolmen de la pierre de la Vache, composé de deux pierres juxtaposées et qui, de loin, ressemble à un énorme crocodile.Un peu plus loin, se dresse le beau portail crénelé du château de Garde-Epée. Ce portail est, avec une fuie gigantesque, tout ce que possède de remarquable ce château, qui doit dater des premières années du dix-septième siècle.

    Saint-Brice

    Aux seizième et dix-septième siècles, le logis de Garde-Epée appartenait à une famille Ancelin. Vers le milieu du dix-septième siècle, Jean Ancelin étant mort sans enfants, ses héritiers vendirent le domaine de Garde-Epée à un M. Richard, qui en était encore possesseur en 1698. Enfin, en 1744, le logis de Garde-Epée passa dans la famille de Jarnac de Garde-Epée, qui l'a possédé jusqu'à nos jours.Si, en quittant le logis de Garde-Epée, l'on descend dans la plaine, on arrive promptement à la magnifique église abbatiale de Châtres, qui s'élève solitaire au milieu des champs.C'était l'église d'une riche abbaye de l'ordre de Saint-Augustin, fondée, au onzième siècle, par un seigneur de Bourg-Charente. Comme la plupart des autres abbayes, l'abbaye de Châtres prospéra jusqu'à l'époque de la guerre de Cent ans, grâce aux libéralités des seigneurs de Bourg et de Guy de Lusignan, seigneur de Cognac.

    Saint-Brice

    Après cette guerre désastreuse, le comte Jean d'Angoulême la releva de ses ruines; mais, après les guerres religieuses du seizième siècle, sa décadence fut définitive. Aujourd'hui, tous les bâtiments de l'abbaye ont disparu, et il ne subsite que la belle église abbatiale dont l'abbé Michon, dans sa remarquable Statistique monumentale de la Charente, nous a laissé la description suivante: << L'abbaye de Châtres est une des belles églises à coupoles de l'Angoumois. Ce qui reste est d'une conservation parfaite. Sa façade surtout est si bien conservée qu'on la croirait élevée il y a à peine un demi-siècle.Cette église à la forme d'une croix latine. Elle se compose de quatre parties qui rayonnent autour d'une coupole centrale: la nef, qui a trois coupoles , les transepts voûtés en ogive romane ( le transept nord a été démoli), l'abside, primitivement circulaire et maintenant remplacée par un sanctuaire carré long de style ogival, prenant deux travées de voûte. Malgré cette triste adjonction d'un chevet gothique et la suppression du transept nord, cette église est encore un monument très remarquable. Le coeur saigne quand on entre sous ces belles coupoles, de les voir, toutes fraîches d'architecture, s'élancer si aériennes sur des faibles pilastres et des demi-colonnes à peine en saillie sur les murs, et de penser que le tout ne peut plus servir qu'à une ignoble grange.

    Saint-Brice

    La façade est un morceau d'une grande beauté. Outre la transition qu'elle commence à indiquer entre le plein cintre et l'ogive, elle est travaillée avec une délicatesse admirable. On remarque l'art avec lequel l'architecte a su donner une grande variété non seulement à la disposition de ces arcades, mais encore à chacun de ses détails d'ornementation... . Je  n'ai rien vu d'aussi délicat dans le style ogival le plus perfectionné.>>

    La commune de Saint-Brice est parcourue, du sud au nord, par la  route de Cognac à Sigogne ( chemin de grande communication N°10 de Celles à Confolens). Cette route traverse la Charente, à la Trache, sur un beau pont en pierres, qui a remplacé un ancien pont suspendu. Un chemin d'intérêt commun quitte cette route près du pont de la Trache, dessert le bourg de Saint-Brice et se dirige vers Chassors. Le réseau routier est complété par divers chemins vicinaux ordinaires.L'industrie est représentée par plusieurs tuileries importantes. Le bourg de Saint-Brice ( 997 hab.), à cinq kilomètres est de Cognac, est agréablement situé près de la Charente, dont la vallée est fort belle en cet endroit.

    Son église mérite d'être signalée. Le sanctuaire a gardé toutes ses dispositions architecturales du treizième siècle et mérite à ce point de vue l'attention des archéologues.L'autel authentique, caché aujourd'hui par un meuble nouveau, est dominé par un élégant triplet de baies ogivées à lancette. Sa table de pierre, incrustée dans la muraille absidale, repose sur cinq modillons inégalement disposés et, aux extrémités, sur deux colonnettes, sans chapiteaux, mais à bases très soignées.  La crédence conserve encore la piscine destinée à recevoir l'eau des ablutions.Enfin, dans la pile nord-est du clocher, ouvrant dans l'intérieur du sanctuaire, on voit encore le tabernacle eucharistique primitif.

    Saint-Brice

    Conformément aux traditions de l'époque, il est formé d'une niche oblongue, percée dans l'épaisseur de la muraille. Une petite ouverture légèrement arquée se trouve à l'extrémité droite: une feuillure permettait d'y placer une porte en bois ou en métal précieux.Le château de Saint-Brice est une élégante construction du seizième siècle, élevée sur terrasse, d'où la vue plonge sur la vallée de la Charente. Ce château était le siège d'une seigneurie dont le plus ancien possesseur connu est messire Jehan de Lousme, qui vivait dans la seconde moitié du quatorzième siècle. C'est un de ses descendants, Jean de Lousme, qui vendit, en 1496, le domaine de Chatenay à Louise de Savoie.

    La seigneurie de Saint-Brice passa ensuite aux mains de la famille Poussard, de Fors, en poitou. Un membre de cette famille, Jean Poussard, épousa Catherine Gasteuil, dame de Saint-Trojan. C'est très probablement à leur fils aîné, Charles Poussard, qu'est due la construction du château actuel de Saint-Brice.Charles Poussard laissa Saint-Brice à son fils Daniel, qui eut l'honneur de recevoir Catherine de Médicis et sa cour, lors des conférences de 1586 avec le roi de Navarre.

    Saint-Brice

    Le mariage de Suzanne Poussard, soeur de Daniel, avec Louis d'Ocoy, seigneur de Saint-Trojan, porta la terre de Saint-Brice dans la famille d'Ocoy, dont deux membres, Jean-Casimir d'Ocoy et François d'Ocoy, fils et petit-fils de Louis d'Ocoy, se distinguèrent pendant le siège de Cognac, en 1651. François d'Ocoy se joignit ensuite à l'escadron des volontaires formé par les gentilshommes de la contrée, sous le commandement de M. de Tracy, et prit part à l'affaire de Tonnay-Charente et au combat de Saint-André-de-Cubzac. 

    Documentations : Historique et communale de la Charente. J. Martin-Buchey de 1914-1917

     

    Saint-Brice

    Vers 1734 ou 1736, la terre de Saint-Brice passa, avec Saint-Trojan, entre les mains de la famille de Maulevrier. A l'époque de la Révolution, Saint-Brice était possédé par messire Jean-Baptiste des Nanots, écuyer, conseiller au parlement de Bordeaux, qui avait épousé Anne-Rosalie de Maulevrier.   Le château de Saint-Brice appartient à M. Jean-Hennessy, député de l'arrondissement de Barbezieux.

    Saint-Brice

    Le centre de la population le plus important de la commune est le village de Mullons, sur la rive gauche de la Charente. Ce village s'appelait autrefois Dorville ; il appartenait aux seigneurs de la cour, qui le vendirent, vers 1580, aux frères Mullons. Aussi le nom de Dorville disparut peu à peu pour faire place d'abord à Chez-Mullon, puis à les Mullons.Trois belles propriétés méritent d'être signalées: Bel-Air, appartenant à M. Pascal Combeau, ancien  maire de Cognac ; Bois-Clair, à m. Fassett-Arbouin, négociant à Cognac, et enfin Uffaut, à M. Pierre Castillon du Perron.Parmi les principaux villages, nous citerons: la Maurice, près de la Charente ; la Roche, près de la Soloire ; Chez-Guiard, près de la route de Sigogne ; la Trache, Uffaut et les Volleaux, sur la rive gauche de la Charente; la Soloire, etc., etc...

     





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